Affaire Gargarate : La stratégie du sage?

Le 25 février dernier, le Maroc annonçait son retrait unilatéral de la zone de Gargarate, à la frontière mauritanienne. Une décision qui survient après des mois de tensions avec le Front Polisario. Le retrait marocain, salué par l’ONU, inaugure une nouvelle approche du conflit.

Le 14 août 2016, une dizaine d’hommes du génie civil marocain, escortés par des éléments de la gendarmerie royale, franchissent le mur de défense et entament le goudronnage d’une portion de route menant à la frontière mauritanienne. La direction du Polisario, soutenue par l’Algérie, crie haro et dénonce ce qu’elle présente comme étant « une violation du cessez-le-feu de 1991 ». Isolé par les instances internationales, le front indépendantiste dépêche un groupe de «guerilleros» armés sur le lieu du litige, et ce dès le 28 août. Jamais, depuis 1991, la situation militaire n’a été aussi près de la rupture. Rabat dément vouloir une escalade et explique l’urgence de sécuriser la région de Gargarate, devenue une zone de non-droit, un refuge pour le trafic de drogues et le terrorisme sahélien. Aujourd’hui, le goudronnage (presque) terminé, le royaume conforte la légitimité de son argumentation en se retirant après avoir «nettoyé» la zone. Pour Abdelmajid Beloghzal, spécialiste du dossier du Sahara, contacté par Zamane, le Maroc a pris ses dispositions avant d’intervenir à Gargarate : « L’initiative marocaine d’août dernier dépasse le cadre du conflit avec le Polisario. Elle s’est faite en lien avec les efforts internationaux de lutte contre le crime organisé, très actif dans la région. Une intervention qui s’est déroulée, sans doute, avec la bénédiction des Etats-Unis et de la France. C’est d’ailleurs pour cette raison que le Conseil de sécurité n’a pris aucune sanction contre le Maroc ». C’est donc avec confiance et en toute légitimité que les troupes marocaines ont pu s’installer provisoirement dans le no man’s land proche de la frontière mauritanienne. Le retrait de la fin février confirme la feuille de route annoncée par Rabat. Une tactique légitimiste, selon Beloghzal: « Le retrait façonne l’image d’un pays qui souhaite maintenir la paix dans la région, tout en respectant son engagement envers l’ONU, qui avait demandé un retrait des deux belligérants». De son côté, le clan Polisario-Algérie se retrouve dans une situation délicate. Incapable de faire condamner le Maroc pour violation du cessez-le-feu, le tandem se retrouve aujourd’hui dans la situation qu’il souhaitait justement dénoncer. à l’heure actuelle, un groupe armé du Polisario campe encore dans la zone de Gargarate. En intégrant l’Union Africaine, le Maroc démonte les thèses de ses adversaires, qui dénoncent un « pays agitateur ». L’affaire Gargarate semble au contraire avoir été gérée, du moins côté marocain, avec beaucoup de sagesse.

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