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Asma Lamrabet : « L’éthique du Prophète vis-à-vis des femmes a été passée sous silence »

Quel rapport le Prophète entretenait-il avec la gent féminine et quelle vision en avait-il? Alors que l’interprétation de l’islam est souvent conservatrice et peu favorable aux femmes, Asma Lamrabet nous parle d’un homme et d’un leader religieux profondément féministe, dont le parcours a, en grande partie, été façonné par des femmes.

Son père, est plutôt entouré par des figures féminines. Cela a-t-il influencé sa vision de la femme ?
Absolument. Un livre, complètement marginalisé d’ailleurs, écrit par Benti Chaouki, une auteure égyptienne contemporaine qui a vécu au Maroc, évoque les femmes autour du Prophète. Elle a écrit qu’il n’était pas étonnant que Muhammad soit du côté des femmes puisque son enfance, son adolescence et son éducation ont été marquées par des figures féminines. Il perd son père très tôt, puis sa mère, et est élevé par une nourrice dont il est très proche, ainsi que de nombreuses femmes présentes autour de lui. Plus tard, sa première épouse et son premier grand amour n’est autre que Khadija, plus âgée -quoique beaucoup moins que ce qui a été écrit- mais en tout cas plus mature que lui. C’est surtout une femme forte, plus puissante et plus riche que lui, qui a déjà deux enfants de deux précédents mariages et qui l’a toujours protégé et soutenu. L’aspect maternel est donc très important. Khadija a aidé Muhammad dans sa première démarche politique : pendant qu’il militait, elle pourvoyait la maison et les finances. Et ça n’a jamais posé le moindre problème au Prophète.

Cette union semble tout de même très avant-gardiste. Dans le même sens, ne s’agit-il pas d’un mariage de raison, ou d’intérêt, puisque Khadija était très riche ?
D’abord, effectivement, ce mariage est avant-gardiste. D’autant que c’est Khadija qui effectue la demande de mariage à travers des émissaires, et qu’à cette époque, Muhammad travaille pour elle, sous ses ordres. Il y a donc un certain rapport de domination : il est employé chez elle et la respecte énormément ; c’était une femme à l’aura particulière, très respectée, et il n’a jamais envisagé qu’il pourrait l’épouser un jour. Elle, de son côté, a vu que Muhammad était un homme honnête, elle a beaucoup cru en lui, et a donc voulu se rapprocher de lui. Lui n’a pas du tout sourcillé, ça a même été la grande histoire d’amour de sa vie, une histoire dont il n’a jamais cessé de cultiver le souvenir même après la mort de Khadija, au point que Aïcha, son autre grand amour, était jalouse. Elle le fait vivre, lui était très pauvre, n’avait pas de pouvoir économique. Quant au fait qu’il s’agisse d’un mariage d’intérêt, certes Khadija a soutenu financièrement Muhammad, mais il n’a pas eu besoin d’argent avant la révélation, qui est arrivée après leur union. Je crois qu’il respectait beaucoup cette femme et que leur amour a grandi après leur mariage. D’autant que Khadija a fait ses preuves au moment de la révélation lorsqu’elle l’a cru, épaulé et soutenu, alors qu’il était marginalisé, même par les siens.

Propos recueillis par Nina Kozlowski
Lire la suite de l’article dans Zamane N° 73 actuellement en kiosque

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