Bienvenue à Benslimane

Lieu de villégiature privilégié de la bonne société r’batie et casablancaise, Benslimane a une histoire qui vaut le détour. 

Située à vingt kilomètres de l’Océan Atlantique, Benslimane est une ville qui se veut verte. Il est vrai qu’il y fait bon vivre. Intimement blottie contre une forêt de chênes et idéalement située à quelques dizaines de kilomètres de Casablanca et de Rabat, la ville possède un certain prestige. Elle attire, pour le week-end, une partie de l’élite des deux capitales. Certains y possèdent des maisons secondaires. Benslimane compte quelque 50.000 habitants. Mais dès que l’on commence à arpenter ses rues et espaces commerciaux, on est frappé par la profonde ruralité qui caractérise sa population. C’est le cas d’ailleurs de beaucoup de ces agglomérations moyennes ou petites des plaines atlantiques nées dans le sillon de la colonisation.
Mais Benslimane a sur ce plan-là une histoire assez particulière. De fait, ce centre urbain a éclos en 1908. Autrement dit, quatre ans avant l’imposition du régime de protectorat français sur le Maroc. Dans quelles conditions est donc apparue la ville de Benslimane?

De Boulhaut à Benslimane
A ces débuts, il s’agissait d’un simple camp militaire. Officiellement fondé le 23 mai 1908, il est nommé par les Français Camp Boulhaut en hommage à l’officier Paul Boulhaut qui y est tué par les résistants de la région. C’est pour cela qu’il est encore surnommé, par les anciens, la Kachla (caserne).
C’est donc suite aux événements tragiques de Casablanca de 1907 que Benslimane sort du néant. Cette année-là, une armada française massacre une bonne partie de la ville blanche en représailles de l’assassinat de quelques ouvriers européens. Ceux-ci installaient les rails du chemin de fer près du port de la ville, non loin d’un cimetière musulman. Cet incident tragique a servi de prétexte pour l’occupation de tout l’arrière-pays en partant de Médiouna. Et c’est là d’ailleurs qu’est né le premier Goum marocain : ces Marocains qui combattaient leurs frères chaouis, aidant en cela les frères algériens également goumiers. Le plus ancien quartier de la ville s’appelle Jradi. Il reste le quartier le plus vert et le plus agréable tant il abrite un ensemble de belles villas coloniales. Certaines ont souffert de l’outrage du temps. D’autres ont été rénovées, voire entièrement reconstruites. Une véritable ode à parcourir le quartier en promenade. De vieux palmiers longent les voies de ce lieu aussi calme que pétri d’histoire. A ses débuts, ce sont les colons et les militaires français qui y ont logé pendant près d’un demi-siècle. Après le départ de ceux-ci, des Marocains prennent leur place.
Des riches, des moyennement riches. Mais aussi des pauvres qui ont parfois continué à occuper le pavillon domestique délaissant la maison du maître qui, faute d’entretien, est tombée en ruine.
C’est le cas d’Ahmed, aujourd’hui 84 ans. Cet ancien gardien qui faisait également office de jardinier de la villa nommée les Chênes. Une maison qu’il ne quittera que durant les années 1980. La villa est belle. Construite sur un demi-hectare environ, elle a néanmoins subi de graves avaries dues à sa déshérence. Jusqu’à très récemment, ses grenadiers, cerisiers et orangers attiraient encore les maraudeurs de tout poil. Le voisin immédiat d’Ahmed n’était autre que…Ssi Abderrahim Bouabid. Celui-là même qui a fondé l’USFP et en a longtemps été le premier secrétaire.

Par Maâti Monjib

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