Bilan : Que reste-t-il du 20 février ?

Surfant sur les premières vagues du Printemps arabe, un mouvement de jeunes, très actifs sur la toile, se fixe la date du 20 février 2011 pour l’organisation d’une manifestation d’envergure à travers tout le pays. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ?

Le 20 février 2011 est désormais une date gravée dans l’histoire du Maroc. Aujourd’hui, le Mouvement, du même nom, est partiellement fractionné, beaucoup moins médiatisé qu’à ses débuts, et la question sur son état de santé actuel semble légitime. Depuis trois années, des choses ont changé pour de nombreux militants. Parmi ces derniers, certains ont tenté de s’introduire dans le circuit politique, en s’accrochant à des partis. Résultat : leurs revendications, noyées dans des programmes politiques, se sont retrouvées plus «maîtrisables» par les autorités. En somme, jouer le jeu institutionnel semble avoir mené vers l’échec. Car, la force du mouvement, à ses débuts, reposait d’abord sur sa spontanéité et sur son caractère social qui se voulait au-dessus des institutions politiques. De fait, en dénonçant justement le manque de courage et des initiatives de ces mêmes partis, les rejoindre peut être perçu aujourd’hui comme une perte de crédibilité.
D’autres militants du mouvement n’ont pas choisi le même chemin. Loin des douillets fauteuils politiques, ceux-là croupissent en prison. Au début de l’année 2013, l’AMDH (Association marocaine des droits humains) estime que près de 70 militants du Mouvement 20 février sont incarcérés à travers le Maroc. Dans une tentative de dissimulation de l’objet politique de leur procès (lors d’une interview accordée à la chaîne TV5 Monde en février 2013, le chef du gouvernement avait déclaré que les geôles du pays ne comptaient aucun prisonnier politique), les militants sont accusés de délits de droit commun ou alors tombent sous le coup du classique « outrage à agent et coups et blessures contre la police ». Depuis trois ans, le noyau dur du mouvement se désagrège pour différentes raisons. Si dans la forme, le 20 février semble « périmé » comme nous l’indique Fouad Abdelmoumni, militant des droits de l’homme, le fond est encore sujet à débat. Pour Abdelmoumni, «la lame de fond demeure, puisque les revendications ne sont par encore satisfaites. Car, la répression, la corruption et la propagande restent le triptyque utilisé par le pouvoir».
Non assumé par les autorités, le lien entre les contestations et la nouvelle constitution est pourtant une évidence. Entre perte de vitesse médiatique, récupération par d’autres mouvances et disparitions des militants de la scène publique, beaucoup de Marocains ne savent plus si l’histoire du Mouvement 20 février est une victoire ou une défaite.

Par Sami Lakmahri

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