Des chérifs et des soufis

Un des traits marquants de l’islam marocain a été la conjonction structurelle entre le chérifisme et le soufisme. Le pouvoir central, incarné par les chérifs, pouvait s’appuyer sur les zaouïas pour contrôler la société. Dans l’intérêt bien compris des uns et des autres.

La dévotion inaltérable que les Marocains ont manifestée á l’égard de la filiation du Prophète dès le début de l’islamisation allait se transformer à partir du XVème siècle en un dogme qui va façonner l’ensemble de l’islam populaire marocain et le mouvement soufi avec toutes ses ramifications, ainsi que la culture et les institutions nationales. Le XVème siècle a été décisif pour le façonnement de ce qu’on appelle “islam marocain”, c’est-à-dire ce mélange de chérifisme et de soufisme, surtout le soufisme dans sa version populaire ou maraboutique, qui se manifeste dans la vénération des saints, dont la plupart sont d’origine berbère d’ailleurs. En effet, cet islam marocain rend la démarcation entre les descendants du Prophète et les autres très aléatoire. Muhammad Ibn Sulaiman Al Jazouli (mort vers 1465), bien que natif de la tribu des Idda ou Semlal dans le Souss, se vantait de sa filiation chérifienne et affirmait à chaque occasion la noblesse de son origine. “L’homme puissant, dit-il, ne l’est pas par la considération dont il est l’objet ni par la tribu qui l’a vu grandir ; il l’est par la noblesse de son origine ; je suis chérif, mon ancêtre est le Prophète de Dieu, de qui je suis plus près qu’aucune autre créature. Ma gloire existait avant le temps ; elle est enveloppée d’argent et d’or. Ô vous qui désirez de l’argent et de l’or, qui que vous soyez, suivez-nous”.

Par Mohamed El Mansour
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