Eduardo Manzano Moreno : « Le passé n’est jamais une période dorée »

L’autonomie des régions est une réalité en Espagne. L’Andalousie porte-t-elle seule l’héritage de la période musulmane ? Comment expose-t-elle cet héritage ?
L’Andalousie ne porte pas seule l’héritage d’Al-Andalus. Aragón, Valence, Extremadura, ou encore Castilla – La Mancha abritent également des châteaux, un urbanisme et des sites archéologiques typiques de cette période. Un patrimoine que l’on peut retrouver même dans les régions du nord comme la Catalogne ou la Castille et Léon où les visiteurs sont souvent surpris de trouver des monuments impressionnants, tel que le château de Gormaz, une fortification spectaculaire construite par le califat omeyyade, etc. L’exposition de l’ensemble de l’héritage espagnol est généralement plutôt équitable. Ces trente dernières années, le pays suit une politique de réappropriation, d’étude, de préservation et d’exposition de son héritage historique, et celui d’Al-Andalus ne fait pas exception. Evidemment, certains problèmes sont apparus dans des cas particuliers mais, en règle générale, la nécessité de la préservation de l’héritage écrit et matériel d’Al-Andalus est désormais admise. C’est une part fascinante du passé de l’Espagne.

Dans l’imaginaire collectif espagnol, le qualificatif (péjoratif) « moros » désigne-t-il les musulmans en général ou les Marocains en particulier ?
Malgré les efforts en termes d’éducation entrepris au cours de la dernière décennie, l’imaginaire collectif espagnol demeure très ignorant sur les nuances entre musulmans, Arabes ou Maures. Les Marocains sont considérés comme des Maures, tout comme l’ensemble des musulmans d’ailleurs. Pour ma part, je suis convaincu que le terme «moros» est chargé d’une connotation raciste dont l’utilisation devrait être proscrite. Cela dénote l’ignorance à l’égard de l’histoire arabe et de sa civilisation et de l’apport de l’islam en tant que religion. Il est frustrant de constater que les efforts fournis dans l’étude et la préservation de l’héritage d’Al-Andalus, qui nous fournit de nombreux points de convergence avec le Maroc, ne sont finalement pas utilisés dans le sens d’une meilleure compréhension et d’un rapprochement véritable entre les deux pays. Nous assistons à beaucoup de discours politiques sur ce sujet, mais les aboutissements concrets sont faibles.

Propos recueillis par Sami Lakmahri
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