Il était une fois l’Amérique

Il était une fois une grande nation qui s’appelait l’Amérique. C’était une nation très riche et prospère, et son peuple était des plus accueillants et des plus humanistes. Elle avait un grand amour pour la liberté et se faisait un devoir de protéger les persécutés. Beaucoup de ceux qui étaient opprimés en Europe s’étaient établis dans ce qu’on appelait le Nouveau monde. Ils ont pu, grâce aux valeurs de liberté et d’égalité qui y prévalaient, créer une nation de pionniers où chacun pouvait réaliser son rêve. Les Américains issus d’Europe (car il y avait un autre peuple, celui qui, de nos jours, est à la tête du renouveau) voulaient vivre une expérience unique, loin du vieux monde. à chaque fois que le vieux monde était en butte à des problèmes politiques ou économiques, ils étaient venus à sa rescousse. C’étaient des gens simples, courageux, affables, et dans l’histoire ancienne on ne leur trouvait de pareils que chez les Romains. Un de leurs philosophes avait dit que, avec eux, l’histoire avait touché à sa fin.
Un jour, alors qu’ils étaient en proie à une crise existentielle, ils ont jeté leur dévolu sur un riche propriétaire pour qu’il soit maître de leurs destinées. Il avait beaucoup d’amour pour son pays, mais ne connaissait pas le monde, n’était pas cultivé, prenait des décisions à la légère et s’entourait de fiers-à-bras. Pour les choses qui touchent aux affaires publiques, il faut être réfléchi et pondéré, et ce qui fait la réussite dans le business ne le fait pas forcément dans la gestion de la chose publique. On parlait d’un peuple qu’on appelait les Arabes chez qui on ne réfléchissait pas beaucoup, ou on n’écoutait pas ceux qui réfléchissaient. Le monde les ménageait parce qu’ils avaient une huile de pierre qu’on appelait pétrole, une construction des deux mots, petra (pierre) et oléa (huile), qui servait comme source d’énergie, très prisée à l’époque. Mais ce qui était admis pour les Arabes, ne pouvait l’être pour cette grande nation.
Une fois que le riche propriétaire avait pris les leviers du pouvoir, il avait construit une longue muraille, au sud, qui s’est avérée coûteuse et inefficace. Il prit une autre décision contraire à la vocation de son pays : ne pas recevoir de nouveaux venus ou imposer des restrictions draconiennes aux candidats à l’émigration. La grandeur de cette nation était de pouvoir bénéficier des apports des autres peuples et des cultures multiples. Ils avaient forgé un terme pour désigner leur pays : melting-pot.
Le grand historien Liao Ping de l’Université de Lao Tseu avait établi un lien entre la décadence de cette grande nation et le précédent espagnol. Au XVIIème siècle, l’Espagne, qui était la première puissance mondiale, avait expulsé ses ressortissants qui n’étaient pas chrétiens. Ainsi, ceux qui étaient juifs ou musulmans furent chassés de la péninsule ibérique et traqués par une machine qui s’appelait l’Inquisition. Il était fréquent de persécuter les gens sur la base de leurs convictions religieuses. Depuis, l’Espagne, comme le disait Voltaire, a cessé d’être riche en s’aliénant l’apport de ses enfants les plus laborieux. L’académicien Liao Ping avait établi une corrélation entre l’idée de pureté et la décadence. Les nations qui avaient prétendu à la pureté étaient précipitées dans le déclin ou dans des guerres intestines. Il trouve ridicule qu’il y ait des frontières entre les cultures. La culture européenne qui prévalait avait imposé de fausses idées, telles les frontières. Le monde avait connu plusieurs guerres à cause de cette dangereuse lubie. L’idée de l’harmonie qui imprime le monde aujourd’hui n’était pas prégnante à l’époque. Une autre idée qui avait ravagé l’ancien monde était celle relative aux identités. Elle avait fait autant de dégâts que la peste noire au Moyen-âge.
Les choses auraient pu être catastrophiques pour cette grande nation s’il n’y avait pas eu un sursaut salutaire de la part de ses meilleurs enfants, grâce au renouveau opéré par les Cherokees, les Mohicans, ou la ligue Wikiki, ainsi que les mouvements « Roots », « Relink » ou « Rebirth » d’Afro-Américains qui ont servi de tête de pont avec le géant économique que sont les Etats-Unis d’Afrique. Le célèbre politologue Anta Diop Asakié, de l’Université Baba Miské, explique le déclin de cette grande nation par la théorie d’Ibn Khaldoun. Il y avait des données objectives qui rendaient le déclin inéluctable.
Les deux grandes autorités scientifiques s’accordaient à dire que l’année 2017 était un tournant dans les relations du monde. Un siècle après, nous assistons au renouveau de cette grande nation, grâce cette fois-ci à sa culture originale portée par les Amérindiens, adeptes de la théorie des agrégations, contraire aux idées de l’Homme Blanc qui s’est fait par la négation de l’Autre, son ethnocentrisme, et autres procédés ravageurs tels que l’épuration ethnique, le génocide ou le clash des civilisations. Il avait trouvé des expédients à son égocentrisme par de nobles desseins telle la mission civilisatrice et avait forgé une langue qui disait, avec le même mot, la chose et son contraire.

Par Hassan Aourid, conseiller scientifique de Zamane

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