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Jean-Jacques Hublin : « Le Jardin d’Eden est panafricain »

C’est la deuxième fois qu’il fait la couverture de la revue «Nature», chose rarissime dans le monde des scientifiques. Cette fois-ci, aux côtés de son homologue marocain Abdelouahed Ben-Ncer, Jean-Jacques Hublin a dirigé une équipe internationale qui a découvert au Maroc cinq squelettes fossiles d’homo sapiens, notre ancêtre, et les a datés de 300.000 ans. Le paléoanthropologue a pris le temps pour nous dévoiler le sens qu’il faut donner à cette découverte. Et c’est très passionnant.

Les résultats obtenus à partir des cinq restes fossilisés d’homo sapiens sur le site de Jbel Irhoud, qui repoussent l’origine de notre espèce de 100.000 ans, signifient-ils vraiment que le Maroc est le «nouveau berceau de l’humanité», ou confirment-ils plutôt que celui-ci est résolument africain ?
Le berceau de l’humanité, c’est un « berceau à roulette », comme l’a dit l’Abbé Breuil, prêtre et préhistorien français. Tout le monde se le dispute, car il y a des enjeux un peu nationalistes derrière ça. Mais, effectivement, pour les gens qui ont vraiment lu notre article scientifique, nous ne disons pas que le Maroc est le berceau de l’humanité. Notre idée est plutôt que, en tout cas pour cette période-là (il y a environ 300.000 ans), nous ne voyons pas du tout un centre d’origine subsaharien, comme cela avait été proposé par beaucoup de chercheurs. D’ailleurs, jusqu’à la publication de notre article scientifique dans la revue «Nature», c’est ce qui était communément accepté. L’idée que l’origine de notre espèce était en Afrique subsaharienne, plus probablement en Afrique de l’Est, sous-entend au fond qu’il s’agissait d’une petite région dans laquelle des hommes, comme vous et moi, étaient apparus assez brutalement, presque de façon adamique, il y a environ 200.000 ans.

Là, nous nous orientons vers des conclusions très différentes. Alors, quel sens faut-il donner à vos conclusions?
D’abord, que les origines de notre espèce s’enracinent beaucoup plus loin dans le temps, puisque les dates de Jbel Irhoud -qui sont des dates minimum car les homo sapiens que nous avons retrouvés avaient eux aussi des ancêtres-, remontent au-delà de 300.000 ans. En Ethiopie, les restes d’homo sapiens remontaient à 200.000 ans seulement ; les ancêtres de l’homme actuel sont donc bien plus vieux qu’on ne le croyait. Ensuite, les origines de notre espèce s’enracinent beaucoup plus loin géographiquement et ne se cantonnent pas à l’Afrique subsaharienne, puisque le Maroc appartient à la zone d’Afrique du Nord. Notre idée est qu’à cette époque, il y a plus de 300.000 ans donc, on a déjà des formes comparables d’homo sapiens qui existent un peu partout en Afrique.

Propos recueillis par Nina Kozlowski
Lire la suite de l’article dans Zamane N° 80 actuellement en kiosque

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