La légende de l’enfant endormi

Durant l’ère préislamique, de la péninsule arabique jusqu’au Maghreb, et même ailleurs, il était coutumier de croire qu’une grossesse pouvait se prolonger bien au-delà de neuf mois. Dès les premiers temps de l’islam et jusqu’à la moitié du XXème siècle, cette croyance a été admise puis codifiée dans la législation, donnant ainsi vie à une véritable fiction judiciaire.

Moyen-Atlas, 1935. Au sein d’un tribunal coutumier berbère, les juges examinent une requête pour le moins originale. Un homme réclame la reconnaissance d’un nouveau-né qu’il n’a pu avoir, puisqu’il a divorcé de son épouse sept ans auparavant. Celle-ci, remariée, s’empresse d’ailleurs d’expliquer qu’elle a eu son bébé avec son second mari. Contre toute attente, après des débats interminables et des dizaines de prestations de serment, l’homme divorcé obtient gain de cause : il est officiellement considéré comme étant le père de l’enfant.
Aflou, petite bourgade d’Algérie, une femme est répudiée en 1913. Alors qu’elle retourne dans la ville voisine, Laghouat, où elle est née, celle-ci laisse entendre qu’elle est enceinte. Vers la fin de 1916, quatre mois après s’être remariée, elle met au monde un enfant. Mais lorsque son premier mari décède en 1929, elle tente une action en justice pour que lui soit reconnue la paternité de son fils. Toujours en Algérie, en 1860, une femme répudiée déclare être enceinte et obtient de son ex-mari le versement d’une pension de grossesse. En fait, elle accouchera plus de treize mois après la répudiation.
Quel est le point commun entre ces trois affaires judiciaires ? «L’enfant endormi» : un concept accepté par la législation islamique, basé sur une croyance populaire selon laquelle le délai d’une grossesse peut être allongé (souvent de façon subie, parfois de façon choisie) au-delà de la limite définie par la médecine moderne (soit environ neuf mois). Il s’agit donc d’une «fiction judiciaire ».

Par Nina Kozlowski
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