Le mystérieux assassinat de Ali Akalaï

En 1915, l’émissaire du rebelle rifain Ahmed Raissouni est retrouvé mort dans une rivière. Sur fond de complot politique, démarre l’une des plus ténébreuses affaires criminelles ayant ébranlé le Maroc espagnol

u début du mois de mars 1915, des pêcheurs de l’oued El Hachef, situé à quelques kilomètres au sud de Tanger, remontent dans leurs filets deux corps. Les autorités d’occupation espagnoles pensent qu’il s’agit de voyageurs qui se seraient noyés en tentant de franchir la rivière, surpris par une remontée subite des eaux en ces mois pluvieux de l’année. Le plus normalement du monde, elles s’apprêtent à procéder à leur enterrement, quand une sourde rumeur s’élève des douars environnants. Les deux hommes seraient membres d’une tribu de la région et étaient des  messagers importants. Une autopsie est alors ordonnée et les deux hommes sont identifiés. Il s’agit de Ali Akalaï et de son domestique, Mohamed Ben Abdeslam Tachkal El Gorfti. Si ce dernier est un parfait inconnu, le premier était un notable de la région, un membre de la tribu des Fahs, qui dépend administrativement de la zone internationale de Tanger. Et ce n’est pas tout. Dans son rapport final, le médecin légiste signale que les deux hommes étaient déjà morts quand ils ont été jetés à la rivière et que la cause de leur décès n’a rien de naturel. Ils ont été étranglés.
Madrid est sur le qui-vive
C’est ainsi que débute l’une des plus ténébreuses affaires criminelles de l’histoire du Maroc espagnol. Une affaire qui, de par sa dimension, sa portée politique et les personnalités impliquées, va plonger le tout nouveau protectorat dans une grave crise d’autorité. Quelques jours après la découverte, le haut commissariat à Tétouan, c’est-à-dire l’administration espagnole en charge du protectorat du Maroc, est informé de l’identité d’une des victimes. Le haut commissaire, le vieux général José Marina Vega, comprend vite que l’affaire dépasse le crime crapuleux et qu’il s’agit vraisemblablement d’un complot politique. Un complot, certes, mais ourdi par qui ?, se demande-t-on également à Madrid, où l’affaire est suivie avec attention. Car Ali Akalaï n’était pas n’importe qui. Le défunt était un interlocuteur privilégié du haut commissariat, avec lequel il entretenait de bonnes relations. Et, surtout, il n’était rien moins que l’émissaire officiel et officieux du chérif Ahmed Raissouni, le chef de guerre jebli qui se trouvait en guerre contre l’Espagne à partir de ses montagnes du pré-Rif.

Par Adnan Sebti

La suite de l’article dans Zamane N°13

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