Ramadan, le tabou et la loi

Aujourd’hui encore, le fait de rompre le jeûne publiquement pendant le ramadan est puni pénalement. Si une partie de la société civile demande son abrogation, l’article 222 interroge notamment sur la liberté religieuse, encore cantonnée à l’espace privé, et la capacité à vivre ensemble entre pratiquants et «non-pratiquants».

Au Maroc, la liberté existe, mais elle est cantonnée à la sphère strictement privée. L’article 222 du Code pénal, qui criminalise la rupture du jeûne dans l’espace public, en est une parfaite illustration. Pendant le ramadan, les “dé-jeûneurs” (ceux qui ne font pas le ramadan) doivent faire semblant, ou se cacher, sous peine d’être arrêtés par la police et parfois traduits en justice. En 2016, dès les premiers jours du ramadan, trois personnes avaient été interpellées à Rabat pour avoir mangé en public. À Zagora, deux hommes ont été condamnés à une peine de prison avec sursis pour avoir bu de l’eau sous une chaleur qui dépassait les 40 degrés. Et quand ce ne sont pas les autorités qui usent de leur pouvoir répressif, c’est la société elle-même qui prend le relais. Toujours à Rabat, l’année dernière, un salarié, qui était discrètement sorti fumer une cigarette, a vu la police venir l’arrêter après qu’un collègue l’a dénoncé. À Marrakech, un jeune homme qui avait allumé une cigarette dans une salle de jeux a été roué de coups et sérieusement blessé au visage. En somme, tout le monde est potentiellement le gendarme de tout le monde ; les choses sont décidément bien gardées.

Par Nina Kozlowski
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