L’étrange complot de Juillet 1963

Si on ne sait pas très bien qui a pu conspirer contre l’autocratie de Hassan II, une chose est sûre : le « complot » était le prétexte idéal pour mater la gauche et basculer dans les années de plomb

C’est le 16 juillet 1963. Un jour à la chaleur étouffante. Le Comité central (CC) de l’UNFP et ses parlementaires tiennent à Casablanca une réunion aussi décisive que houleuse. Plus d’une centaine de dirigeants sont présents. Ils veulent confirmer le retrait des candidatures déjà déposées et le boycott des élections municipales par le parti de Ben Barka. L’Istiqlal fera de même. Le CC entend protester, par sa décision, contre les mesures répressives et discriminatoires à l’encontre des candidats du parti. Dans certaines provinces, la plupart des dossiers de candidature UNFP sont rejetés par l’administration.
En l’absence de Ben Barka, ce sont Abderrahim Bouabid et Abderrahmane Youssoufi qui président les débats. Les intervenants évoquent le climat de terreur que fait régner Oufkir depuis l’échec du régime lors des élections législatives du 17 mai. Les responsables provinciaux de l’UNFP mentionnent également, dans leurs rapports au CC, que des membres du FDIC attaquent les représentants locaux de l’UNFP et détruisent les biens de leurs familles. Leurs champs et récoltes sont parfois brûlés, notamment dans le sud du pays. L’objectif du pouvoir et de ses supporters dans les régions est clair : éviter coûte que coûte que l’opposition ne remporte les élections municipales comme elle l’a fait lors des législatives il y a deux mois. Surtout que les élus locaux sortants appartiennent dans leur grande majorité à l’opposition.
L’enfer des damnés de la terre
Comme pour confirmer les craintes exprimées ce jour-là par les responsables de l’UNFP, Oufkir fait assiéger le lieu de la réunion. Les participants – y compris Bouabid et Youssoufi – sont arrêtés et amenés au commissariat du Maârif. Beaucoup d’entre eux seront sauvagement torturés, comme Abbas El Kabbaj, le père de l’actuel maire d’Agadir. Plusieurs détenus sont conduits au sinistre centre secret Dar Al Mokri près de Rabat. Là aussi on torture. Dlimi et Oufkir participent aux interrogatoires. Les agents de la redoutable Brigade Spéciale (alias « Cab 1 ») font endurer à leurs victimes non seulement les affres de la torture physique la plus abominable, mais également des sévices psychologiques adaptés à la mentalité marocaine : par exemple, les menottes sont appelées par les tortionnaires « dbalj » (ornement des mariées le jour de la nuit de la dakhla).

Par Maâti Monjib

La suite de l’articles dans Zamane N°9

Une réflexion au sujet de « L’étrange complot de Juillet 1963 »

  1. Dire qu’il y’en a encore qui regrettent Hassan II, et son bras droit Oufkir.La seule chose qu’on peut regretter est la mort de Hassan dans son lit.On aurait voulu qu’il soit jugé par un tribunal populaire, et rendre des comptes aux marocains pour ,l’assassinat de Ben Barka et et tant d’autres compatriotes et qu’il avait instauré les années de plomb. Oufkir a eu son compte, comme Dlimi mais pas lui.C’est une injustice divine..

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