Maroc-Cuba : Le calme après la tempête ?

Le tumulte, la rupture et finalement la réconciliation, intervenue en avril dernier. Voici les trois étapes qui ont jalonné les relations entre Cuba et le Maroc. Deux pays qui s’affrontent sur tous les terrains, depuis la Guerre froide. Petit récapitulatif historique.

Le gel aura duré trente-sept ans. Le Maroc a officiellement annoncé, le 21 avril dernier, le rétablissement de ses relations diplomatiques avec Cuba, rompues depuis 1980. Dans les couloirs feutrés des missions diplomatiques, il se murmure déjà que l’ouverture d’une ambassade marocaine à la Havane est imminente. Et pourtant, c’est un euphémisme de dire que ces deux pays reviennent de loin ; tant leur relation a été marquée par l’hostilité et l’incompréhension. Dès la fin de la Seconde guerre mondiale et le début de la Guerre froide, chacun des deux pays a choisi son camp et sa doctrine : les Etats-Unis pour le Maroc, l’URSS pour Cuba. Tout un symbole, qui prend une forme concrète dès 1958. Cette année-là, Che Guevara, en voyage au royaume, est placé en résidence surveillée, possiblement sur ordre du prince héritier, Moulay El Hassan, déjà hostile à l’égard de la gauche marocaine et du gouvernement d’Abdellah Ibrahim. Les choses se gâtent en 1963, au moment de la Guerre des Sables lorsque Cuba apporte son soutien à Alger, notamment en envoyant des instructeurs auprès de l’armée algérienne. Quelque temps auparavant, Hassan II et le leader de la révolution cubaine, Fidel Castro, s’étaient rencontrés lors d’un bref petit-déjeuner à Rabat, sans toutefois parvenir à s’entendre. En 1965, les deux chefs d’Etat se recroisent à nouveau en Allemagne, Hassan II demande alors à Fidel Castro de ne plus recevoir « l’opposant » Mehdi Ben Barka. En 1977, puis en 1978, les deux pays s’écharpent, cette fois-ci, en terrain inconnu au cours des deux guerres de Shaba, un conflit entre le Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo) et un mouvement indépendantiste. Alors que Cuba et l’Angola soutiennent les séparatistes désireux d’envahir le Shaba, Hassan II, lui, envoie des troupes sur place afin de soutenir le régime de Mobutu (Zaïre) qui administre ce territoire. Leur opposition s’est poursuivie tout au long de la guerre civile d’Angola (1975-2002), chacun des deux pays défendant là aussi un camp. En 1980, c’est la rupture, Cuba reconnaît la RASD, poussant le Maroc à geler toute relation avec l’île communiste. Débutent alors, entre Hassan II et Fidel Castro, des joutes verbales diplomatiques mémorables. Ainsi, cette année-là, sur les ondes de Radio France-Inter, HassanII critique vertement Castro pour son «interventionnisme» en Afrique : «L’Afrique est devenue le champion du hold-up. Le brigand, c’est l’Union Soviétique ou Cuba, puisque Cuba veut désormais apparaître non comme le fils aîné du Kremlin, mais comme un homme adulte». Et ne se prive pas d’affirmer que Castro « n’est qu’un dictateur». Les choses ont bien changé depuis… Et le Maroc et Cuba ont tout à gagner de leurs retrouvailles.

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