Salah Eddine Chaoui : «Touria Chaoui, ce symbole…»

Dans un ouvrage intitulé « Touria Chaoui, première aviatrice du monde arabe », Salah Eddine, son frère, revient sur le parcours exceptionnel d’une femme élevée au rang d’icône, symbole d’émancipation dans un contexte colonialiste. Pour Zamane, il revient sur la vie de sa soeur, son parcours et les circonstances de son assassinat. Ou comment mieux connaître Touria, derrière le symbole.

Touria Chaoui a été la première femme pilote du monde arabe et la plus jeune pilote au monde, le tout sous le Protectorat, ce qui est exceptionnel. On sait peu de choses sur votre milieu social, était-il privilégié ?
Nous sommes des natifs de Fès, à l’époque, les familles fassies vivaient en communauté. Mon père, ma mère, ma soeur et moi avions une aile de la maison natale, que nous partagions avec une grande famille. Mon père était un homme de communication. Nous, nous étions éduqués dans un milieu très ouvert. Mon père était le premier journaliste de langue française dans un journal français du Maroc, qui s’appelait «Le Courrier du Maroc». C’était un autodidacte. Il a eu une enfance assez dure car il a perdu son père très jeune. Il a donc été placé sous l’autorité d’un oncle maternel qui voulait le pousser dans un métier manuel. À l’époque, les gens comme mon père étaient orientés vers l’artisanat. Mais il avait la fibre de la littérature et de la culture. Il a donc contrecarré les objectifs de son oncle et a eu comme professeur un certain El Korri, un grand homme de lettres et un grand penseur qui a marqué l’histoire du Maroc. Il avait remarqué l’intelligence de mon père et l’a pris en quelque sorte comme disciple. Il a été le premier à le guider vers la littérature et la culture. Mon père a donc baigné dans cette atmosphère. À 20 ans, il a décidé de passer un baccalauréat de philosophie comme candidat libre au sein du lycée Moulay Idriss de Fès. Juste après, il a été recruté par «Le Courrier du Maroc», certainement pas pour devenir journaliste ; les Marocains étaient traités comme des subalternes. Mais il présentait bien, était plutôt beau garçon et parlait un français impeccable. Il avait été recruté pour faire probablement un travail d’archiviste ou autre. Quand ils ont remarqué sa fibre littéraire, ils ont fini par lui donner une rubrique. Plus tard, il est allé à Casablanca où il a commencé son travail de communicant. Il a aussi monté une troupe de théâtre, dont Monsieur El Korri faisait d’ailleurs partie.

Et votre maman ?
C’était une femme analphabète mais très intuitive. Les mariages étaient, disons, arrangés. Or, mes parents se sont mariés par amour. À Fès, mon père a croisé le regard de ma mère et le coup de foudre s’est produit. Dès lors, avec l’aide d’une de ses soeurs, mon père a tout fait pour approcher ma mère et entrer en contact avec sa famille. C’était une femme au foyer, dotée d’une véritable intelligence naturelle. Nous avons donc grandi dans un milieu où il y avait de l’amour et de l’ouverture. Evidemment, j’étais trop jeune pour avoir conscience de tout ça. Mon père, qui dirigeait une agence de communication, en plus de ses activités journalistiques et artistiques, faisait la navette entre Fès et Casablanca. Il rentrait à la maison tous les week-ends et nous l’attendions avec impatience. Le reste de notre famille était plutôt conservateur.

Propos recueillis par Nina Kozlowski
Lire la suite de l’article dans Zamane N° 81-82 actuellement en kiosque

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