L’esprit de Toumliline

Au fin fond du Moyen-Atlas, près d’Azrou, existe un monastère bénédictin abandonné et sans vie. Au cours des années 1950 pourtant, il a été un carrefour de rencontres et d’échanges entre chrétiens et musulmans, noirs et blancs, mais aussi de l’intelligentsia du monde entier. Voici l’histoire, brève mais extraordinaire, d’une sorte de Woodstock œcuménique.

L’heure où le monde semble sclérosé par la violence aveugle, l’obscurantisme, le repli sur soi et l’absence d’idéaux communs, il est bon de se rappeler au souvenir de Toumliline. Au départ, un simple monastère bénédictin, construit en 1952, à cinq kilomètres d’Azrou. Un cloître chrétien, bordé par le Moyen-Atlas et situé à l’orée d’une forêt de cèdres, dédié en somme à la contemplation et la spiritualité. Puis, petit à petit “enkysté en pays d’islam” et touché par les velléités d’indépendance du peuple marocain, Toumliline devint un “carrefour, durant les mois d’été, pour tous ceux, des quatre coins du monde, que hante le souci d’une action commune, d’une confrontation des idées, d’une mutuelle et sans cesse plus profonde compréhension des hommes et des femmes qui peuplent la même terre, au même fugitif instant de temps”, écrit Marie-Rose Mayeux, dans les Archives de la sociologie des religions, en 1960. L’histoire de ce monastère fut aussi brève (1952-1959) qu’extraordinaire, mais demeure aujourd’hui quasiment absente de la mémoire collective. Peut-être bien qu’elle n’aurait jamais refait surface sans le concours de Jamaâ Baïda, directeur des Archives du Maroc, à Rabat, et la Fondation Mémoire pour l’Avenir, qui lui ont consacré une exposition fin 2015, marquée par le sceau du “Haut Patronage Royal”, preuve s’il en fallait de son intérêt.

Par Nina Kozlowski
Lire la suite de l’article dans Zamane N° 65