L’incorruptible Abdellah Ibrahim

Il a marqué le lendemain de l’indépendance par son intelligence, son intégrité et son regard tourné vers un Maroc nouveau. Figure emblématique de la gauche et éminent intellectuel, Abdellah Ibrahim gagnerait à être davantage connu.

Abdellah Ibrahim est né en 1918 dans une petite rue appelée Derb Al Hammam du quartier Lemouassine à Marrakech. Son père l’inscrit à l’école coranique dès l’âge de quatre ans. Quelques années plus tard, il quitte le M’sid dont le maître n’est autre que Lefqih Boumedienne, son oncle maternel. Il fréquente successivement plusieurs écoles libres de son quartier, dont l’une appartenait à la famille du fameux Pacha Glaoui. À douze ans, il jouit déjà d’une parfaite maîtrise de la langue arabe. Strophes de la poésie et versets coraniques n’ont plus de secret pour l’adolescent prodige. C’est à un âge aussi précoce qu’Abdellah Ibrahim commence à s’intéresser à la politique.
En tombant par hasard sur des journaux et autres revues venant du Levant arabe, le futur Chef de gouvernement se construit d’ores et déjà une identité politique. Amoureux de la lecture, il dévore tout ce qu’il trouve : romans traduits du français ou de l’anglais, livres d’Histoire, pamphlets politiques… Il s’inscrit à l’Institut Ben Youssef -La Qaraouiyine de Marrakech, comme certains l’appellent- et se taille une place parmi les plus brillants de sa promotion. Il est surtout le plus politisé. Alors qu’il est encore adolescent, il commence à donner des cours d’arabe au sein d’écoles primaires non loin de son quartier. Il se frotte très tôt à des personnalités aussi éminentes que le célèbre Faqih Mokhtar Soussi puisque l’école Al Hayat, où Abdellah Ibrahim fait office d’instituteur, appartient à Si Brahim, frère du vénérable Alem. Bien qu’il n’ait fréquenté jusque-là, que des écoles traditionnelles, Moulay Abdellah (qui tient son titre de son ascendance idrisside), est un jeune homme au look plutôt moderne. Il se débarrasse de sa barbe, laisse pousser ses moustaches et sort souvent, tiré à quatre épingles en costume-cravate et mouchoir blanc.

Par Maâti Monjib
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