L’écriture de l’histoire chez Ibn Khaldoun se distingue par une approche novatrice. Celle que l’on appelle ‘ilm al-‘umrān, la science de la civilisation.
Dans «Al-Mouqaddima» (ou Prolégomènes), Ibn Khaldoun propose de ne pas se contenter de relater des faits passés, mais d’élaborer une véritable méthodologie d’analyse historique, fondée sur une compréhension rationnelle des dynamiques sociales, politiques et économiques. Il fonda ainsi ʿilm al-ʿumrʿn, la science de la civilisation. À travers cette science, il critique la manière dont les historiens traditionnels accumulent des récits sans discernement, ni esprit critique. Il insiste au contraire sur l’importance de vérifier les faits, de les situer dans leur contexte, et surtout de les expliquer par des causes intelligibles. Refusant l’idée d’une histoire comme simple chronique, il en propose une lecture fondée sur la causalité. Chaque événement historique a des origines qu’il s’agit de comprendre, et non seulement de raconter. Par cette démarche, Ibn Khaldoun anticipe les fondements d’une historiographie moderne, où le récit cède la place à l’analyse, et où l’histoire devient une science des rapports humains dans le temps. Au cœur de cette pensée, un concept majeur organise sa vision des sociétés : la ʿasabiya, terme que l’on peut traduire par solidarité tribale, esprit de corps ou cohésion collective. Pour Ibn Khaldoun, l’essor et le déclin des États dépendent essentiellement de la force ou de l’érosion de cette solidarité. Une dynastie naît lorsqu’un groupe humain, uni par une forte ʿasabiya, parvient à s’imposer.
Par Moulim El Aroussi
Lire la suite de l’article dans Zamane N°174
































