Le pays du Souss se distingue depuis plusieurs siècles par des moussems d’un genre particulier, exclusivement féminins, que l’on désigne sous le nom d’anmougar n tmgharin ou anmougar n tfrkhine, et parfois de « sbou’ » (la semaine), parce qu’ils se tiennent une semaine après le moussem des hommes.
Les moussems continuent d’exercer un rayonnement considérable dans diverses régions du Maroc. Vus sous l’angle économique, ils ont constitué, tout au long de l’histoire, des rendez-vous importants auxquels les tribus recouraient pour écouler leurs surplus de production et s’approvisionner en biens de première nécessité, contribuant ainsi à une gestion efficace des ressources locales à l’échelle régionale. Plusieurs facteurs ont favorisé ce rôle, au premier rang desquels le caractère sacré que leur conféraient les saints, facilitant la circulation des marchandises et des personnes. À côté de ces rassemblements où l’homme est l’acteur principal, le pays du Souss se distingue depuis plusieurs siècles par des moussems d’un genre particulier, exclusivement féminins. Ces moussems illustrent la contribution de la femme à la dynamique de l’économie locale : ils constituent un rendez-vous annuel d’achat et de vente entre femmes, et sont régis par des coutumes, à l’instar des autres institutions collectives. Les chefs locaux en assuraient la tutelle, veillaient au respect des règles qui les organisaient et à leur tenue à dates fixes, en raison de leur importance pour l’animation du circuit économique aux niveaux local et régional. Les données issues de nos recherches de terrain constituent la matière première sur laquelle s’appuie notre approche de ce sujet. Ces recherches visaient à collecter des informations dans les zones où se tiennent des moussems féminins, notamment à Sidi Ahmed Ou Moussa à Tazeroualt, à Lalla Taâllat près d’Aït Baha, à Sidi Saïd Charif au centre de Biougra, à Sidi Mzal Aharoun et Sidi Oussay dans les environs de Massa, ainsi qu’à Aglou, Sidi Bouabdelli et Mirleft près de Tiznit, et à Issgue à Aït Baamrane. Ces zones relèvent administrativement de trois provinces : Tiznit, Chtouka Aït Baha et Sidi Ifni.
Par Mbarek Ait Addi et Mahfoud Asmahri
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