En 1900, plus de 90% des Marocains vivaient en tribu. Aujourd’hui, le mot «tribu» tend à disparaitre de notre vocabulaire, alors qu’il y a encore un siècle l’écrasante majorité des marocains se définissaient comme membres d’une tribu : Doukkali, Yousi, Ba’Amrani ou autre.
Quand le colonisateur français est arrivé au début du siècle dernier, il s’est trouvé en face d’un Maroc dont la morphologie humaine n’avait pas changé depuis des siècles. Une mosaïque de tribus, arabophones ou berbérophones, qui formaient la toile de fond de toute la société. Les voyageurs et explorateurs européens qui s’aventuraient en dehors des villes, qui ne représentaient alors qu’entre 5 et 10% de la population, remarquaient qu’ils ne sortaient d’une tribu que pour fouler le sol d’une autre tribu. Ce qui leur donna l’impression d’être en présence de «mini-nations», parfois sous l’autorité du Makhzen, mais souvent en dissidence ou dans un état médian entre la soumission et la rébellion ouverte. Il était donc logique pour une puissance comme la France, qui avait déjà entamé sa conquête du territoire marocain, de se pencher sur la constitution d’une telle entité et sur sa place dans le système social et politique du pays. Car à part le Makhzen dont l’autorité était gravement affaiblie, c’était les tribus qui posaient problème pour le colonisateur, vu le potentiel de résistance qu’elles représentaient.
Par Mohamed El Mansour
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