Moulay Abderrahmane ben Hicham n’était presque pas destiné au trône. C’est son antécesseur et oncle, Moulay Slimane ben Mohammed (1792-1822), après une fin de règne chaotique où son pouvoir est chahuté, qui le propose à la succession. S’ouvre alors un des règnes les plus sensibles du XIXème siècle avec l’arrivée des Français dans al-Maghreb al-Awsat. Le souverain chérifien doit alors faire face à la fronde d’une partie de son armée. Les mobiles.
C’est l’invasion brutale et sans préavis des troupes françaises de l’Algérie qui va soudainement faire basculer toute la politique de Moulay Abderrahmane. Lui qui témoigne, dans les débuts de son règne, d’une activité très libérale et d’une diplomatie d’ouverture sur les puissances occidentales à rebours de l’isolationnisme de son oncle, va devoir recentrer son règne sur la mise à la page militaire du Royaume. Mais avant cela, et à bien des égards, l’histoire se répète. L’apparition des Français sur le littoral algérien va donner lieu à un effroi collectif de la population. «À l’été 1830, Moulay Abderrahmane accepta des bateaux entiers de réfugiés algériens arrivant dans les ports de Tétouan et de Tanger. Il ordonnait dans le même temps à ces pachas de leur trouver refuge et emploi», insiste l’historienne britannique Susan Gilson Miller dans «A history of modern Morocco» (une histoire du Maroc moderne, Cambridge University Press, 2013). À l’automne, changement de cap. De l’humanitaire au militaire. De l’aveu même de l’historien Daniel Rivet, dans «Histoire du Maroc, De Moulay Idris à Mohammed VI» (Fayard, 2012), «La prise d’Alger, en 1830, représente le point de départ de l’encerclement du Maroc, dont la dissection territoriale par les puissances européennes ne sera retardée que par leur rivalité. Dès qu’Abdelkader a été proclamé muqqadam al-jihad (conducteur en chef du combat sacré) en 1832, il plonge le sultan Moulay Abderrahmane dans une position inconfortable». Pas totalement. Complétons maintenant quelque peu les propos de Daniel Rivet. Si amir al-muminin se doit de se désoler de toute attaque chrétienne contre dar al-islam, ce ne sera pas vraiment le cas ici. Les explications. L’Algérie est depuis le XVIème siècle une régence ottomane.
Par Farid Bahri
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