Si le sultan Mohammed ben Abdallah est le premier dirigeant arabo-musulman à reconnaître les 13 premiers états à former les futurs États-Unis, le sultan Mohammed ben Youssef, quelques 150 ans plus tard, est le premier souverain arabo-musulman à rencontrer un président des États-Unis hors d’Amérique, de surcroît dans des circonstances périlleuses ; celles de la Seconde Guerre mondiale. Débute alors entre le roi Mohammed V et les présidents américains, une longue lune de miel.
Voici une réalité que l’historiographie occidentale a souvent tendance à occulter. Le premier débarquement américain destiné à contrer les forces de l’Axe, ne se fait pas en Normandie mais bien sur le littoral atlantique du Maroc. Certes, l’Empire chérifien est sous la botte de la France mais, en accord avec le traité du Protectorat de 1912, le sultan règne sans gouverner. Il demeure, bon an mal an, le représentant d’un peuple. Quoi qu’il en soit et sans crier gare, l’histoire des deux nations, américaine et marocaine, va se trouver entremêlée la nuit du 8 novembre 1942 lors de l’opération Torch, c’est-à-dire celle du débarquement de l’US Forces sur les plages atlantiques du Maroc. Faut-il rappeler que le sultan ben Youssef, une fois au courant de l’arrivée des Américains, va complètement se désolidariser du Résident général Charles Noguès, ancien général de division ayant fini par se plier au maréchal Pétain et au régime de Vichy. Quand Charles Noguès fuit vers Fès, le sultan demeure courageusement à Rabat pour accueillir les Américains. Une fois n’est pas coutume: après le militaire, la diplomatie. Pas étonnant que durant une guerre, et de surcroît mondiale, tout soit quelque peu bousculé. Un peu plus de deux mois après le débarquement se tient, le 22 janvier 1943 à Casablanca, la conférence d’Anfa. Avant d’aborder la conférence en elle-même, arrêtons-nous et remontons l’horloge dix jours plus tôt. Le 12 janvier donc. «Vis-à-vis du souverain chérifien et sa famille, Patton conduit une véritable politique de charme. Ainsi peu avant l’ouverture de la conférence d’Anfa(…) Patton organise pour le monarque une «visite officielle du matériel américain» le 12 janvier 1943, puis se fait inviter le lendemain par ce dernier pour un dîner d’honneur», assure l’historien Alya Aglanetal dans le tome 1 de son essai «Le Monde arabe et la Seconde Guerre mondiale» (Hémisphères éditions, 2022).
Par Farid Bahri
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