Retour sur un rite païen multiforme et à très forte résonance contemporaine, puisqu’il a su traverser les frontières et les âges : Taghounja, une pratique commune dans toute l’Afrique du nord, en cas de retard des précipitations ou de sécheresse, aussi bien dans les contrées amazighes que celles arabisées.
Le mot est amazigh et signifie cuillère, prononcé selon les régions : Taghounja, le plus fréquent, ou Talghounja. Vraisemblablement, Taghounja est lenom d’une déesse dans le panthéon amazighe et a subi un glissement sémantique, pour désigner ultérieurement la cuillère. Le mot Taghounja, aussi bien en amazigh que dans sa déclinaison arabe, al-mgharf, signifie aussi bienfait. Dans d’autres récits mythologiques, Taghounja serait le nom d’une belle fille qui se serait refusée à la divinité. Furieux, le Tout-Puissant aurait puni la contrée dont est issue la fille, de sécheresse. Un avatar de la fille, est représenté par un mannequin, battant sa coulpe et s’offrant au Tout-Puissant, pour qu’il asperge la contrée punie, de pluie. Taghounja s’accompagne d’un rituel, au début de l’automne, par une forme d’effigie autour d’un roseau, une cuillère à la pointe, avec une procession de jeunes filles ou des enfants en bas âge, précédés par une vieille femme. Les hommes n’y figurent que pour un repas collectif. Le rituel peut avoir lieu, si les pluies tardent à venir, à l’image des prières surérogatoires fixées par l’islam (istisqa), avec une forme d’hybridation, par des enfants portant des tablettes ou des femmes mettant leurs habits à l’envers.
Par Hassan Aourid
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