Les croyances d’un groupe humain résument, en quelque sorte, son histoire religieuse. On peut les comparer à une strate dont on peut définir les traces des épisodes de cette histoire qui s’inscrit dans la longue durée. De ce fait, ce qui caractérise les croyances des peuples, c’est précisément leur capacité de traverser les temps et les époques, car elles sont profondément enracinées dans la structure intellectuelle et mentale collective, laquelle n’évolue qu’à un rythme très lent au fil des siècles.
Si l’on rappelle que l’histoire de l’Afrique du Nord avant l’islam représente plus de 95 % de son parcours historique et civilisationnel, il est alors inévitable de retrouver, dans les croyances des Marocains, des survivances de leur passé païen. Par paganisme, on entend la croyance en des forces de la nature, assortie de rites de sacralisation et de vénération. En revenant aux plus anciennes sources historiques, Hérodote, surnommé le père de l’Histoire, rapporte au Vème siècle avant J-C que tous les Libyens -c’est-à-dire les Amazighs de l’Afrique du Nord ancienne- sacrifiaient au soleil et à la lune. Cela signifie que ces deux astres figuraient au premier rang des divinités adorées par les habitants de l’Afrique du Nord avant l’islam. La place centrale qu’occupait le culte du soleil dans la région permet d’expliquer une croyance encore largement répandue chez les Marocains : celle qui attribue au soleil le pouvoir de remplacer les dents des enfants. Cette croyance n’a pas totalement disparu de la mémoire collective. Ainsi, aussi bien dans les campagnes que dans les villes, on avait pour habitude d’apprendre aux enfants à se tourner vers le soleil et à l’implorer pour remplacer une dent perdue.
Par El Mahfoud Asmahri
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