Evoquer les origines de Hay Mohammadi, c’est mentionner les Carrières centrales et leur naissance sous le Protectorat. Incontournable.
Impossible d’évoquer l’histoire du «Hay» sans s’attarder sur Dar el-Beïda et sa genèse sur les vestiges d’Anfa. Sans francisation et sans exode rural, les «Karianes» n’auraient jamais eu droit de citer. Vue d’ensemble d’une gestation sociale et urbanistique atypique. Très très tôt, avant même le Protectorat, durant la période dite de pacification de l’Empire chérifien, Lyautey, alors général et futur premier Résident général, jette son dévolu sur Casablanca. C’est l’espace portuaire qui attire les premières convoitises. Pénétration du Maroc oblige.
Comment mettre au pas, alors, un pays rétif, fier et enfermé sur ses valeurs pluriséculaires sans un grand port qui va assurer l’apport des forces vives coloniales visant à le faire plier une fois pour tous les Marocains ? C’est ainsi, dans ces circonstances de l’essor protectoral, que Casablanca et ses «hay» (quartiers populaires) deviennent un prodigieux foyer de croissance économique et social. Somme toute, le port sera le moteur de développement des quartiers de la ville. «Juxtaposition de populations diverses, juxtaposition de quartiers aussi. À Casablanca, plus que dans toute autre ville du Maroc, la nécessité se fit sentir d’une spécialisation des quartiers urbains de la ville européenne. Le plan Prost prévoyait ainsi des quartiers commerçants, administratifs, industriels et d’habitation. La fonction industrielle a provoqué la construction de quartiers non moins essentiels à la vie de la cité, autrefois presque lointains, aujourd’hui contigus aux quartiers précédents et inséparables de l’agglomération. On a réservé aux usines les abords du port et de la gare, à l’Est de la ville, en arrière des Roches-Noires et de la pointe d’Oukacha. Les panaches de fumée de la Centrale thermique, de la cimenterie et de l’usine des superphosphates s’élèvent encore au-dessus de beaucoup de terrains vagues. Cependant, ces derniers commencent à être couverts de maisons ouvrières qui rejoignent vers l’Ouest celles des cheminots du quartier de la Gare, tandis qu’au Sud, les bidonvilles des Marocains font peu à peu place à des maisons construites en dur», détaille généreusement le cartographe et géomorphologue Fernand Joly (1917-2010), témoin direct des faits, dans un article publié en 1948 dans la revue «Les Cahiers d’Outre-Mer».
Par Farid Bahri
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