Il est des surnoms que l’histoire fabrique au contact de la rue, de la poussière et de la sueur des quartiers populaires. Celui de «Roi des Carrières centrales», accolé au sultan Mohammed V, appartient à cette catégorie. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter le fil d’une histoire à plusieurs couches (géographique, sociale, politique) qui se noue à Casablanca dans les années 1940 et 1950.
Les Carrières centrales ne ressemblent pas, au premier regard, à un lieu de mémoire nationale. Le nom lui-même vient de la centrale thermique des Roches Noires, l’une des premières grandes industries à s’implanter à l’est de Casablanca. Dans les années 1940, des bidonvilles immenses se développent dans cette zone périphérique, habités par des dizaines de milliers de paysans et d’ouvriers pauvres venus des campagnes et des petites villes du pays, attirés par les usines installées le long de la ligne ferroviaire Casablanca-Rabat. Huileries, savonneries, conserveries, cimenteries : autant d’industries avides d’une main-d’œuvre nombreuse et bon marché. Ce quartier est l’incarnation vivante de la fracture coloniale. En effet, les autorités du Protectorat avaient mis en place une politique urbanistique visant à isoler les tissus urbains anciens de la ville européenne nouvellement créée. Elles ont entrepris de construire des complexes résidentiels modernes pour accueillir les vagues d’Européens affluant au Maroc durant et après la Seconde Guerre mondiale, et ont créé en 1942 l’Office chérifien de l’habitat européen pour garantir un logement convenable aux Européens.
Par Younes Mesoudi
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