Qui ne connaît pas, aussi bien dans le monde oriental que dans le monde occidental, la pensée et la production intellectuelle d’Ibn Khaldoun ? Cette connaissance poussée de l’œuvre de cet érudit arabe d’exception dissimule certaines facettes de ce polygraphe qui a patiemment arpenté Dar al-Islam, depuis al-Andalus jusqu’à bilad al-sham, en passant bien sûr par le Maghreb. Itinéraire.
Remontons un peu la généalogie pour esquisser un tant soit peu la descendance d’Abderrahmane Ibn Khaldoun. Les Banu Khaldoun sont originaires du sud de la Péninsule Arabique. Selon toute vraisemblance, ils quittent le Moyen-Orient dès le VIIIème siècle pour déposer leur baluche à Carmona, puis à Séville, où ils ne tardent pas à avoir pignon sur rue. Mais en 1248, ce qui est devenu une famille andalouse migre en Afrique du Nord pour élire domicile à Tunis dans l’Ifriqiya. Leur entente avec la dynastie régnante des Hafsides y joue certainement un rôle non négligeable. C’est donc dans la future capitale de la Tunisie actuelle qu’Ibn Khaldoun l’historien et sociologue voit le jour, le 27 mai 1332. À coup sûr, il peut se prétendre d’origine arabe selon les critères sociologiques en cours au XIVème siècle et définis par le qadi Ibn Manzhur (1233-1311) dans son fameux dictionnaire «Lissan al-Arab», affirmant que seul était arabe celui qui pouvait mettre en avant un nasab le reliant à une tribu de l’Arabie. Clairement, le périple à la fois intellectuel et aventurier débute à Tunis, et ces voyages forment et forgent sa pensée comme le souligne l’orientaliste Roger le Tourneau dans un article paru dans la «Revue des Mondes musulmans et de la Méditerranée» (1966) : «Il faut ajouter que sa vie aventureuse l’amena à circuler dans tout le Maghreb et même dans ce qui restait de l’Espagne musulmane et qu’il eut un contact direct avec ce qui nous intéresse présentement, c’est-à-dire le problème des Arabes, surtout examiné par lui sous l’angle nord-africain».
Par Farid Bahri
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