C’est la première fois, depuis l’indépendance, que le Maroc fait de la Culture un axe de développement et un outil stratégique nourrissant son envie d’entrer de plain-pied dans le village-monde. Tel est le principal enseignement de la nouvelle politique culturelle, visible depuis l’avènement du règne de Mohammed VI. L’autre enseignement majeur, cette fois à visée intérieure, étant l’encadrement de la jeunesse et la neutralisation de l’avancée des islamistes.
S’il y a un point de départ ou un catalyseur, peut-être faudra-t-il le situer au moment où les islamistes, dès la fin des années 1990, ont commencé à investir les plages du royaume. Longtemps «invisiblisés», les militants ont improvisé une série de «festivals», à mi-chemin entre le moussem, la fête foraine et la grand-messe, à même le sable. Avant d’être sévèrement réprimés, voire interdits, ces meetings d’un genre nouveau ont directement inspiré ce qui deviendra la marque de fabrique du règne de Mohammed, alors à peine naissant : la politique des festivals. Cela a commencé par l’animation des plages, retirée des mains des islamistes pour être confiée aux associations locales, aux conseils communaux et à des sponsors soigneusement triés parmi les grands opérateurs économiques. Le coup d’envoi était donné. Dans la foulée, des dizaines, voire des centaines de festivals allaient voir le jour, touchant à des secteurs aussi divers que le cinéma, la musique, les arts urbains, etc. À côté de l’existant, avec des festivals comme le moussem d’Asilah, qui n’a jamais perdu son souffle, d’autres événements allaient surgir et se transformer, en peu de temps, en de véritables institutions. Deux retiennent particulièrement l’attention, parce qu’ils disent à peu près tout, chacun à sa manière : le festival Mawazine de Rabat et celui du Boulevard (ou L’Boulevard) des jeunes musiciens de Casablanca.
Par Karim Boukhari
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