Oser défier l’homme fort du régime de l’époque, c’est ce que le parlementaire Hassan Agourram a effectué, en s’en prenant en 1990 à Driss Basri. Pour Zamane, celui qui avait choisi un temps l’exil témoigne ici des êtres et des structures.
S’en prendre à un Driss Basri au fait de sa puissance, avouez que c’est pour le moins surprenant ?
Venons-en aux faits. C’était le 24 décembre 1990, durant la discussion en session plénière du budget du ministère de l’Intérieur. Ce jour-là, je m’attaque à ce que l’on pourrait appeler le système Basri en critiquant le maillage des gouverneurs qui faisaient la pluie et le beau temps, les proches de Basri qui nommaient et démettaient qui bon leur semblait, les agents d’autorité qui quadrillaient le peuple… Et parmi les griefs mentionnés, je pointe du doigt le racket de certains agents lors des campagnes de levée de fonds pour la construction de la mosquée Hassan II. Partout l’on entendait : «Attention, saches à qui tu as affaire, telle personne est l’amie de Basri, telle autre est son protégée…». Je m’étais insurgé contre tout cela. J’ai aussi remis une lettre au président de la Chambre des représentants, Ahmed Osman, pour qu’il la fasse parvenir au roi Hassan II.
Ces actions sont tout de même assez incongrues venant de la part de quelqu’un issu du MP ?
J’en étais conscient. J’étais un pur produit de l’administration qui m’a mis le pied à l’étrier en me soufflant de concourir pour la députation de 1977. C’est cette même administration qui a choisi pour moi l’étiquette du Mouvement Populaire (MP) et cela, du fait de mes origines amazighes et que j’étais lauréat du collège d’Azrou. Il est donc vrai qu’à l’époque, sorti de Demnate, je ne connaissais pas grand chose aux affaires publiques, à ce qu’est une campagne électorale, au travail sur le terrain, etc. L’administration fit le travail pour moi durant ces élections. Puis, de novice, j’ai évolué. Je me suis forgé une culture politique et j’ai acquis de l’expérience. Je n’avais plus à me satisfaire d’une posture de «béni-oui-oui». Il y a eu une phase de maturation qui a mis du temps avant d’aboutir au fameux déclic. Et c’est en 1980, lors du colloque sur l’éducation nationale à Ifrane, que je mets les pieds dans le plat, si je puis m’exprimer ainsi. En effet, passé l’enthousiasme des débuts de l’événement, j’ai interpellé le gouvernement pour manquement à la préparation du colloque. Je parle en connaissance de cause puisque j’ai été tour à tour enseignant, instituteur, professeur et administrateur. Quid du projet Benhima, ai-je demandé, qui instituait le bilinguisme ? Quid de l’Institut Berbère ? De la chaire de la langue berbère ? Cela ne fut pas du goût du ministre istiqlalien Azzedine Laraki. Le colloque, était in fine de la figuration, et le ministre de l’Education n’avait même pas prêté l’oreille à ce que je disais. L’Istiqlal me tint pour responsable de l’échec du colloque.
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Propos recueillis par Hassan Aourid
































