De la question de la légitimité des élites administratives civiles à l’ingénierie électorale, analyse du système Basri en cinq tableaux.
Analyser Basri, c’est d’abord analyser un changement de cap qui a eu lieu durant les années 1970, au niveau du rapport monarchie-élites dirigeantes. C’est mettre en relief le rôle de premier plan que va accorder la monarchie à la bureaucratie civile en tant qu’instrument du pouvoir politique par rapport à l’élite militaire. Les deux coups d’Etat de 1971-1972 ont conduit à la dilution rapide de l’alliance stratégique établie depuis l’indépendance aux sommets de l’Etat ente les élites militaires dans leur ensemble et le pouvoir monarchique. C’est une dynamique qui fut couronnée par la suppression du ministère de la défense et l’accroissement consécutif des pouvoirs du ministère de l’Intérieur. Le rôle de cette élite administrative va être déterminant dans un régime marqué par la crainte des coups d’Etat et par l’absence ou l’intermittence de l’arène parlementaire et les alliances des partis issus du mouvement national. L’ère Basri est aussi marquée par la propagation d’un récit sur la décentralisation marocaine censée conduire à la démocratie et au développement. Pour s’adapter à cette nouvelle donne, qui est le résultat aussi de l’état d’exception (1965 – début des années 1970), Basri et ses hommes vont jouer un rôle important dans la construction d’une légitimité des élites administratives du ministère de l’Intérieur devenu un département central dans l’administration marocaine, et qui va occuper une position dominante qui déborde largement les fonctions traditionnelles de maintien de l’ordre public et de contrôle des autorités territoriales. Dans cette construction d’une légitimité de la bureaucratie civile du ministère de l’Intérieur, les ressources de l’expertise et du savoir sont mobilisées.
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Par Mohamed Madani – Editing Zamane

































