Il y a très exactement 50 ans, le Maroc de Hassan II lançait la Marche verte pour récupérer les provinces sahariennes. Un événement majeur, qui a marqué son temps et que l’on n’a pas fini de décrypter. Zamane revient aujourd’hui, au moment où le dossier du Sahara marocain revient au-devant de la scène internationale, sur cette idée de génie que le défunt Hassan II a su transformer en succès éclatant. Rien, pourtant, ne garantissait un tel succès et un tel retentissement. Que s’est-il passé avant la Marche ? Quel était le contexte, tant régional qu’international ? Quel était le «jeu» des voisins, qu’il s’agisse de l’Espagne, de l’Algérie ou de la Mauritanie ? Quel a été le calcul de Hassan II, les risques encourus, les objectifs escomptés ? Que s’est-il réellement passé, en fin de compte, et pour quel résultat, avec quelles conséquences; directes et indirectes ?
Retour donc sur un fait d’histoire majeur, sans doute le plus important de l’ère Hassan II.
Elle était présentée, quand elle fut annoncée le 16 octobre 1975, tout au mieux comme un bluff par les Espagnols, une farce par les Algériens, voire une manifestation aux relents féodaux «de gueux et de miséreux». Elle aurait pu tourner à la tragédie. Elle fut une épopée, grâce au double génie d’un roi et d’un peuple. Ils parlaient le même langage, et se mirent-dans un moment crucial de l’histoire du Maroc où il passait par une crise de croissance- au diapason l’un de l’autre, pour parler histoire, géographie et stratégie. Sans le Sahara, le Maroc ne serait pas le Maroc, ni au regard de l’histoire, ni celui de la géographie, et ne pèserait pas lourd sur l’échiquier de la géopolitique. Autrement dit, il n’aurait pas d’avenir. Le combat pour le Sahara n’est pas tant le combat pour la marocanité du Sahara que pour la marocanité du Maroc. Ses détracteurs ne s’y trompaient pas. Sans le Sahara, le Maroc finirait par dépérir. Ce n’est pas qu’une menace pour la monarchie, mise en équation à plusieurs reprises dans un contexte particulier, mais pour le Maroc aussi, promis par les coups de boutoir au Sahara, à la balkanisation, voire à l’éclatement. C’est dire combien la question du Sahara est à la fois ontologique et existentielle pour le Maroc. Ontologique parce qu’elle renvoie à son essence. Existentielle parce qu’elle est liée à son devenir. Ceux qu’on présentait dans les ondes d’Alger comme des va-nu-pieds étaient comme ces soldats de l’an II, chantés par Hugo et qui «sans nul doute eussent escaladé les nues». Mais là, à l’occasion d’un demi-siècle de la Marche verte que plus de 80 % de Marocains n’ont pas vécue, il s’agit moins de parler de la récupération du Sahara que de la manière, du style plutôt que du texte, même si le ton fait la chanson et on ne peut dissocier la récupération du Sahara et son point d’orgue, la Marche verte.
Dossier réalisé par la rédaction
Lire la suite de l’article dans Zamane N°178
































