Premier président de la Mauritanie indépendante, Mokhtar (ou Moktar) Ould Daddah (1924-2003) a longtemps joué un rôle d’arbitre entre le Roi Hassan II et le président Boumediene, surtout au plus fort de la crise qui embrassa la région à la veille de la Marche verte. De ce rôle de médiateur, Ould Daddah a consigné plusieurs notes qui seront publiées à titre posthume, en 2003. Zamane vous donne à lire les saillies de ce document à la grande portée historique.
J’ai suggéré au Roi de profiter de la tenue, chez lui et sous sa présidence, de ce sommet de l’OUA (juin 1972) pour régler définitivement le contentieux frontalier algéro-marocain, «comme vous avez fait, lors de la tenue de la conférence islamique pour régler le différend maroco-mauritanien». Le roi, visiblement perplexe, me répondit courtoisement : «Je vais méditer vos sages conseils, d’ici juin prochain». Le jour de mon arrivée pour le sommet, après le cérémonial d’accueil, il me déclara en aparté : «Comme je vous l’ai promis, j’ai beaucoup réfléchi à ce que vous m’aviez dit à propos du contentieux algéro-marocain. Tout compte fait, je suivrai vos conseils». Je le félicitai chaleureusement, avant d’ajouter : «Quant à la question du Sahara, j’espère que nous aurons l’occasion d’en parler ces jours-ci». D’une voix hésitante, il me répondit : «D’accord, Monsieur le Président». En marge des travaux de la conférence (de l’OUA), le Roi Hassan II et le Président Boumediene étaient arrivés à un accord qui serait signé avant la clôture du sommet et qui le fut effectivement. J’abordai le roi pour régler notre différend au sujet du Sahara. Après un bref silence, le Roi me répondit en disant : «En reconnaissant la République Islamique de Mauritanie, en renonçant à Tindouf au profit de l’Algérie, je fais le maximum de concessions pour avoir des relations non seulement normales, mais privilégiées avec mes deux voisins maghrébins et pour favoriser dans le futur une coopération exemplaire entre nos trois pays. Vous devez m’aider, monsieur le Président». Boumediene nous proposa de remettre à plus tard la suite de notre discussion car le Roi, président et hôte de la conférence, n’avait pas beaucoup de temps. «Je sais que je ne suis pas de trop, renchérit Boumediene, mais peut-être que, vous voyant en tête-à-tête, vous pourrez dégager la bonne solution.» Nous acceptâmes. Avant la clôture de la conférence, le Roi me prit à part et me dit : «J’ai beaucoup réfléchi à nos diverses conversations relatives au Sahara. Je suis réaliste et j’ai donc une proposition à vous faire. Effectivement, le Sahara sous domination espagnole comprend deux zones assez distinctes, la zone nord, habitée par des tribus marocaines et la zone sud, habitée par des tribus mauritaniennes. Partant de cette réalité géographique et humaine, je vous propose concrètement un échange ultra-secret de lettres par lequel nous exprimons notre accord sur cette réalité. Et puis convenons de réunir, le moment venu avec le plus d’exactitude possible, la ligne de démarcation entre lesdites zones».
Par la rédaction
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