Des aventuriers, des négociants, des mercenairesont meublé les cours marocaines, et les ont marquées. Certains de ces étrangers ont occupé le devant de la scène, désignés par ce vocable : aleje, du côté de l’islam, renégat du côté de la Chrétienté. D’autres n’ont pas eu à fondre dans la matrice marocaine, parce que captifs.
La piraterie était chose courante et se soldait souvent par des drames humains. Il y eut les effets adoucissants pour ceux qui avaient un savoir-faire, qu’on utilisait pour certains métiers prisés, dont essentiellement l’armurerie, ce qui leur épargnait les affres de la détention. Quelques chapelles autorisées jouaient les bons officies et menaient une fonction caritative auprès des captifs. D’autres n’ont pas eu de chance et avaient croupi des années durant, dans les geôles marocaines dont la sinistre prison Kara à Meknès. La piraterie, depuis le XVIème siècle était ce qu’on appelait l’Or blanc, la grande source de richesse, et il fallait mettre la main sur une capture de taille : un noble, un grand négociant, un diplomate, ou à défaut quelqu’unavec un savoir-faire, pour les monnayer. Toute une ingénierie était mise en place, dont des pirates chevronnés, des intermédiaires sans scrupules. Il n’était pas rare que ce fussent des chrétiens qui capturent d’autres chrétiens, au service de leurs intérêts, en tant quemercenaires de chefs musulmans. Du côté musulman, on présentait l’activité comme étant du jihad maritime, mais le vrai mobile était la rapine. C’est un peu dans ce schéma que s’inscrit le récit de Maria Ter Meetelen, cantatrice hollandaise prise aux larges des eaux portugaises, en 1731. Elle connut presque treize ans de captivité à Meknès jusqu’en 1743. Après sa libération, elle consigna son témoignage en 1748. C’est l’un des textes rares de captifs et l’unique d’une femme. Il ne manque pas d’exagération etpâtit d’imprécisions.
Par Hassan Aourid
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