Pour le Marocain lambda, la guerre du Rif n’a pas de secret ou presque. D’aucuns se souviennent d’Abdelkrim et de l’épopée de ses combattants face aux forces de l’occupation espagnoles. La résistance, les exactions, les victoires inopinées des Rifains. Ce faisant, peu savent que dans ce conflit très moderne par sa teneur, des structures aussi anciennes que les zaouïas ont eu leur mot à dire, notamment la Khamlichia.
D’emblée, plantons le décor de la guerre du Rif. 1921-1926. C’est un conflit particulier qui interroge encore les historiens. Guerre coloniale ou guerre de décolonisation ? Difficile de répondre. Cette guerre a longtemps été taboue dans l’historiographie du Royaume jusqu’à l’avènement du roi Mohammed VI en 1999. Quoi qu’il en soit de ces réflexions, ce conflit montre à quel point un seul homme, Ben Abdelkrim el-Khattabi arrive à coaliser autour de sa personne toute une mosaïque de tribus berbères pour faire front à l’avancée madrilène dans le Rif, et ceci après l’instauration des protectorats dans l’Empire chérifien. «Abdelkrim, en effet, n’a pas été prophète en son pays, mais il a, semble-t-il, fait école à l’autre bout du monde. Dans les pays d’Orient, de Chine ou d’Indochine, où existaient déjà des communistes issus du cru et décidés à jouer leur partie dans la révolution universelle, la guerre du Rif faisait un peu figure de ce qu’avait été pour Marx, un demi-siècle plus tôt, la Commune de Paris», dira de lui l’historien Germain Ayache dans «Les origines de la guerre du Rif» (1981). Les zaouïas. Elles sont un phénomène socio-spirituel bien particulier au Maghreb al-Aqsa, même si elles sont également présentes dans tout le Maghreb. Entendu. Ce maraboutisme militant, s’enracine grosso modo dans le XVème-XVIème siècle lorsque le littoral marocain est assailli par les forces ibériques, et que le djihad défensif renaît de ses cendres.
Par Farid Bahri
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