La date de 1934 est une césure : de la lutte armée dans les campagnes à la lutte politique et idéelle dans les villes. Pas de transition mais une continuité dans le combat. C’est sur ces singularités que va naître le nationalisme marocain, clé de voûte de l’émancipation et clé des champs pour le Maroc.
Pour atteindre l’indépendance pleine et complète, l’exercice nationaliste est de rigueur. La formule est quasiment universelle. Elle est adoptée par toutes les décolonisations du XXème siècle aussi bien en Afrique qu’en Asie. La seule différence est dans la durée de militance ou dans l’intensité de la lutte ; guerre coloniale, résistance, etc. Soit. Revenons-en maintenant au Maroc. Voici ce que pense l’historien Daniel Rivet dont le discours historiographique sur le XXème siècle chérifien fait autorité. «Deux temps se succèdent donc dans l’affirmation du nationalisme marocain. Celui à claire-voie des années 1930 où il se situe comme partenaire conflictuel du protectorat et revendique d’être associé à l’exercice des réformes (…). Et le plan de réformes marocain remis le 1er décembre 1934 par le Comité d’Action Marocaine (…) constitue l’acte de naissance officielle du mouvement nationaliste en voie de cristallisation», résume-t-il dans «Le Maroc de Lyautey à Mohammed V, le double visage du Protectorat» (Denoël, 1999). À l’unanimité des opinions historiennes, le déclencheur indirect, ou le précurseur du nationalisme marocain et son catalyseur, est à bien des égards le Dahir berbère promulgué le 16 mai 1930. Pour rappel, il s’agit d’une réforme judiciaire voulue et défendue par la Résidence générale dans la figure de Lucien Saint (1929-1933), celui-ci qui finit par forcer la main du Sultan. Le Dahir, grosso modo, consiste à rendre aux djemaa berbères leur totale autonomie par rapport au droit arabo-musulman basé sur le Coran et la Sunna. Ce décret chérifien permet, du même coup, «l’introduction dans le monde berbère des avocats et des hommes de loi français», complète Jacques Berque.
Par Farid Bahri
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