Au XIIème siècle, dans la région des Doukkala, la terre ne produisait pas des céréales ordinaires, mais elle offrait un véritable « or blond » dont la qualité surpassait l’ensemble du bassin méditerranéen.
Pour les rois du Portugal, Doukkala était plus qu’une province à conquérir, c’était le garde-manger stratégique nécessaire à l’expansion de leur empire maritime. De Safi à Azemmour, passant par Tit et Mazagan, la zone produisait du blé dur en abondance et de bonne qualité. La culture du blé dur au Maroc plonge ses racines dans une histoire millénaire, intimement liée aux débuts de l’agriculture en Afrique du Nord. Issu de la domestication de l’amidonnier sauvage en amidonnier cultivé il y a environ 10.000 ans dans le Croissant fertile, le blé dur (Triticum durum) est attesté au Maroc dès l’Âge de Bronze. Contrairement au blé tendre, introduit plus massivement à l’époque coloniale, il s’agit d’une céréale profondément enracinée dans les pratiques agricoles locales. Sa prédominance s’explique par sa remarquable adaptation aux climats semi-arides du pays. Bien que cultivé depuis des millénaires sous forme de variétés locales (landraces), sa sélection scientifique moderne n’a débuté que plus tard. À l’époque de l’Empire romain, le Maroc, à l’instar de l’ensemble de l’Afrique du Nord (alors probablement plus humide qu’aujourd’hui), exportait régulièrement des céréales vers Rome. Toutefois, ce n’est qu’au début de l’ère islamique que le blé dur s’imposa véritablement comme céréale dominante, comme l’ont montré de nombreuses recherches archéologiques. Les sources écrites demeurent rares pour ces périodes anciennes. Le géographe andalou Al-Bakri (1014-1094) évoque dans son «Livre des routes et royaumes» (al masalik wal-mamalik), en 1068, des cultures en milieu aride dans la région de Sijilmassa. Ibn Razin al-Tujibi (1228-1293), gastronome andalou émigré au Maroc, parle de semoules et farines de blé dans son traité gastronomique «Fadalat al-khiwan», confirmant l’usage du blé dur.
Par Mustapha Jmahri
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