Retour sur la grande histoire d’un chapitre essentiel des sciences médicales, celui de la médecine dite préventive, à travers ce voyage dans le monde arabo-musulman, depuis les premières «panacées» des savants d’Al-Andalus jusqu’aux défis du Maroc moderne.
Tout commence avec une conquête. Lorsque les armées arabo-musulmanes s’emparent des grandes cités byzantines au VIIème siècle, elles héritent d’un trésor intellectuel considérable : celui de la médecine gréco-romaine. Le choc de ces deux civilisations engendre rapidement l’un des plus grands mouvements de traduction de l’histoire, conduit par des esprits comme Hunayn Ibn Ishaq Al-Abbadi (809-873), qui transposent en arabe (parfois via le syriaque) les œuvres d’Hippocrate, de Galien et de leurs successeurs.
Bagdad devient alors le nouveau centre du monde médical, supplantant Alexandrie et Athènes. C’est là que s’élaborent les grandes synthèses : Isaac le Juif rédige son «Kitab al-aghdiya» (Le livre de la diététique), Al-Razi compose un traité sur les aliments nuisibles, et Avicenne (980-1037) achève son monumental «Kitab al-Qanun fittib» (la Loi en médecine) qui restera une référence incontournable pendant des siècles en Orient comme en Occident. C’est au XIIème siècle que cette tradition médicale connaît sa floraison la plus remarquable, sur les rives occidentales de Daral islam. Al-Andalus concentre alors une constellation de penseurs (Avenzoar, Averroès, Maïmonide, Ibn Tufayl, entre autres) dont les travaux placent la prévention au cœur de la médecine. Le savoir avait voyagé depuis l’Orient grâce aux pèlerins andalous qui revenaient chargés de manuscrits, et aux médecins mozarabes qui avaient servi de courroie de transmission entre les deux mondes.
Par Mohammed Sarrou
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