La Maison des jeunes, ou Dar chabab, occupe un rôle central dans la genèse de plusieurs générations de jeunes artistes et intellectuels issus du Hay. Au point de devenir une véritable «maison de l’espoir»…
Le Hay Mohammadi est intimement lié aux transformations qu’a connues Casablanca durant la période du Protectorat, lorsque la ville industrielle a reconfiguré ses périphéries en fonction de ses besoins en main-d’œuvre. Dans l’espace qui a abrité «Kariane Central», l’habitat précaire, l’exode rural et la proximité des usines et des ateliers se sont superposés, formant l’un des plus grands quartiers ouvriers de la ville. Après l’indépendance, ce territoire a acquis une place singulière dans l’histoire de Casablanca, en devenant le lieu d’expériences culturelles, associatives et politiques qui ont largement dépassé ses frontières urbanistiques étroites. La Maison des jeunes du Hay s’inscrit dans cette trajectoire. Sa création fut liée à un projet d’équipement du quartier ouvrier en infrastructures éducatives, sportives et culturelles, avant que ses fonctions n’évoluent après son transfert à l’État marocain. Dès les années 1960, l’établissement est devenu un espace de soutien scolaire, de sport, de théâtre et de clubs culturels, avant d’acquérir dans les années 1970 une vocation plus large ; ces clubs offrant des formes indirectes de rassemblement, de débat et d’activité associative, dans un contexte où les espaces d’expression et d’organisation politique étaient surveillés et limités. Au départ, déjà, l’histoire de la Maison des jeunes du Hay est liée à la phase de réorganisation du «kariane» durant les dernières années du Protectorat, lorsque les autorités de la ville ont commencé à considérer le quartier ouvrier comme un espace nécessitant plus que le logement et la surveillance sécuritaire. Face à la densification démographique et à l’afflux croissant de travailleurs vers Casablanca, de nouveaux équipements sont apparus dans le quartier : école, terrain de sport, dispensaire, cinéma, ainsi qu’un espace dédié à la jeunesse et aux activités éducatives et culturelles. C’est dans ce contexte qu’est née Dar chabab, en tant que composante d’une vision plus globale d’encadrement de l’espace ouvrier et d’organisation de la vie quotidienne.
Par Mohamed Abdelouahab Rafiqui
L’article complet de Zamane N°184 est disponible en version papier (boutique) ou en version digitale

































