Dans l’histoire du Maghreb al-Aqsa, politique et religion n’ont jamais été très loin l’une de l’autre. Ce sont pour le coup les deux facettes d’une même pièce. D’où l’interrogation suivante : quel(s) rapport(s) le Makhzen entretient-il avec les moussems ?
D’emblée s’impose une précision terminologique bien nécessaire du terme «moussem» ou, ce qui semble être la meilleure traduction française, «foire patronale». Ainsi, qu’est-ce qui distingue le moussem des mahrajanates ou festivals ? Une première distinction étymologique : le mot «moussem» est dérivé de celui de mawssim qui signifie littéralement: «saison». Maintenant, approfondissons quelque peu avec le chercheur indépendant Abdeslam Ziou-Ziou. «Un festival est une manifestation festive qui n’a fait son apparition dans le langage commun que depuis quelques années. Il implique une organisation spécifique, l’installation d’une scène et revendique la modernisation des fêtes. Un festival ne fait pas participer les gens, mais les convoque. Il ne signale pas la richesse d’un moment collectif, puisqu’il émane toujours du haut […] Le moussem est un regroupement défini dans l’espace et dans le temps autour de la célébration d’un siyyed. C’est un instant de vie, un espace où se jouent des drames, où s’affrontent des visions et où éclot l’instant de la transe. Cette fête se déroule généralement au mausolée-tombeau du siyyed que l’on célèbre», indique-t-il dans la revue «Filigrane» (n°20, 2016). Le moussem est en définitive une célébration poussée autour d’un élément religieux dans la figure du marabout-chérif. Il en va de même du Makhzen marocain qui, aussi loin que l’on peut regarder, tire sa légitimité d’une aura spirituelle. Au demeurant, le Sultan, amir al-mouminine, n’est-il pas une figure à la fois politique et spirituelle, la clé de voûte de toute sa légitimité de dirigeant musulman ? En résumé, le Souverain chérifien comme le Siyyed-chérif possèdent la baraka, l’effluve sacrée qui en font des personnages vénérés par la population.
Par Farid Bahri
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