L’intérêt historique de Hay Mohammadi dépasse largement celui d’un simple ancien quartier ouvrier de Casablanca. Ce lieu occupe une place particulière dans la mémoire marocaine parce qu’il a été à la fois un espace de résistance politique, un laboratoire social et une matrice culturelle ayant profondément marqué l’histoire contemporaine du Maroc.
Cette concentration populaire a favorisé l’émergence de nouvelles formes de solidarité et d’une conscience collective qui allaient jouer un rôle décisif dans la lutte contre le protectorat français. Le quartier devint progressivement l’un des principaux foyers de la résistance nationale. Hay Mohammadi participa activement aux grandes mobilisations populaires qui accompagnèrent la lutte pour l’indépendance. Après 1956, le quartier continua d’exercer une influence majeure, mais cette fois dans le domaine culturel et intellectuel. Cette créativité puisait dans le brassage social du quartier, dans la mémoire ouvrière, dans les traditions populaires issues de toutes les régions du Maroc et dans les aspirations d’une société en pleine transformation. Hay Mohammadi donna également naissance à des militants syndicaux, des responsables politiques, des cadres administratifs et des technocrates qui participèrent à l’édification du Maroc indépendant. Le quartier apparaît ainsi comme un espace où se sont croisées lutte sociale, création culturelle et construction nationale, faisant de lui l’un des grands symboles de la modernité marocaine. Une question revient pourtant sans cesse : comment une population vivant dans la précarité a-t-elle pu offrir au Maroc des groupes comme Nass El Ghiwane, Tagadda ou Lemchaheb ? Comment ce quartier a-t-il pu voir éclore en son sein des écrivains reconnus, des poètes, des hommes de théâtre et tant de figures intellectuelles?
Par Moulim El Aroussi
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