Quand on évoque la philosophie au Maroc, on pense surtout à la décision ministérielle entrée en vigueur à la rentrée universitaire 1980/81 et qui a frappé cette discipline de plein fouet. De quoi s’agit-il au juste ?
En août 1980, à Ifrane a été organisé un colloque entre des responsables gouvernementaux, des universitaires, des experts de l’enseignement et des conseillers proches de l’État. Les effets de cette rencontre furent décisifs et visibles dans les structures de l’université et de l’enseignement en général au Maroc dans les décennies suivantes. Il s’agissait d’une opération de redéfinition profonde du rôle de l’université dans le tissu national, dans un contexte de crise économique, d’essor des mouvements contestataires et de redéploiement idéologique de l’État. Cette rencontre devait enterrer discrètement l’héritage critique qui subsistait dans certaines disciplines, au profit d’un recentrage jugé « identitaire » et « fonctionnel ». Dans les années 1980, l’université marocaine était en effervescence. Le militantisme étudiant, porté en particulier par des courants marxistes, révolutionnaires et tiers-mondistes, faisait de la faculté un foyer d’agitation politique.
La philosophie, la sociologie, l’histoire, la littérature ou encore l’anthropologie étaient autant de disciplines dans lesquelles se formaient les grilles de lecture critiques du monde. Or, ce ferment intellectuel était perçu comme une menace pour l’ordre établi. Les autorités du pays cherchaient désormais à neutraliser l’université en la transformant de l’intérieur.
Par Moulim El Aroussi
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