Avant lui, nul n’avait trouvé la clé pour comprendre la profonde dynamique qui anime les sociétés et qui peut les mener au succès et à la gloire ou, inversement, à l’échec et au déclin.
Abderrahmane Ibn Khaldoun (1332-1406) est considéré parmi les penseurs maghrébins musulmans les plus éminents, un authentique pionnier de la pensée sociale. Dans son ouvrage «al-Muqaddima», il a exposé une vision profonde de la nature des sociétés humaines : leur genèse, leur développement et leur disparition. Sa démarche s’appuyait sur une observation minutieuse de l’histoire, son vécu politique et un raisonnement logique des plus rigoureux. Tout cela lui a permis, avec une remarquable clairvoyance, de fonder une nouvelle discipline qu’il a nommée «ʿIlm al-ʿUmrʿn». Son œuvre phare, la Muqaddima, est entrée de plainpied dans le patrimoine de la pensée universelle. Elle énonce les lois qui régissent le développement des sociétés. Les théories sociales d’Ibn Khaldoun constituent, par ailleurs, une tentative audacieuse et innovante pour comprendre les phénomènes sociaux par une méthode fondée sur l’observation, l’expérimentation et l’explication causale – à une époque dominée par les discours rhétoriques et tendances déclaratives. Pour Ibn Khaldoun, la vie sociale est véritablement une œuvre collective, conditionnée par les besoins matériels de la société. En effet, le besoin matériel constitue une force essentielle dans l’histoire de l’humanité : l’être humain, incapable de subvenir seul à ses nécessités, est contraint de recourir aux efforts des autres, c’est-à-dire de coopérer, ce que l’on appelle «division du travail».
Par Mohammed Yassir El Hilali
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