L’homme d’Etat et son système sont connus. Mais qui est vraiment Driss Basri ? Fantasque, violent, manipulateur, charmeur, fidèle, généreux, rancunier… Autant de facettes pour un seul individu à la personnalité extraordinairement complexe.
Une personnalité hors du commun pour un parcours hors normes. Jamais Driss Basri n’aurait pu accomplir son destin sans une telle force de caractère. Son statut de numéro 2 du régime, Driss Basri le construit à partir de ce qu’il est réellement. Un homme du terroir, pétri de malice, de fermeté et de convictions. Certes, les valeurs de l’homme ne sont pas toujours celles d’un humaniste féru de liberté. Mais sans jamais se retourner, il est le premier convaincu que le camp qu’il choisit est le bon. Celui de l’Etat fort, seul à même de tracer, par le sang si besoin, le chemin vers un Etat moderne. Même durant sa fin de vie de paria, abandonné et lynché de partout, l’ancien ministre ne regrette rien. Alors qu’il peut à ce moment précis tenter de faire écrouler tout un système, la «boite noire» du régime demeure d’une loyauté sans faille. Un trait de caractère qui caractérise en premier lieu sa longévité au sommet du pouvoir. Mais les autres aspects de sa personnalité ont également dessiné sa trajectoire et ses méthodes. Pourtant, bon nombre de clichés enveloppent la mémoire de Driss Basri. On le dit sans états d’âme, inculte, autoritaire, rugueux et dédaigneux. Difficile en effet de nier certaines « qualités » inhérentes à la fonction de grand patron d’un système sécuritaire et répressif. Mais ne faut-il pas se souvenir que le pouvoir est aussi une mise en scène ? Les scènes jouées devant les acteurs politiques et l’opinion publique ont bel et bien une fonction. Cette théâtralisation de l’exercice du pouvoir ne cesse de brouiller les cartes pour ceux qui tentent de comprendre l’homme, et non pas simplement le politique. Une déformation également alimentée par ceux qui, pour régler des comptes avec l’ancien ministre, véhiculent une image caricaturale qui brouille sa mémoire. Devenu, après son limogeage, l’incarnation d’une ère révolue, Basri se transforme en cible presque trop facile. Une position insupportable pour celui qui se considère d’abord comme «un grand commis de l’Etat».
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Par Sami Lakmahri
































