Grand commis de l’Etat, Driss Basri l’aura été par le fait qu’il a transformé le plomb sécuritaire en méthodes moins létales de régulation coercitive.
Driss Basri occupe sans discontinuer les fonctions de ministre de l’Intérieur pendant vingt longues années (1979-1999). C’est le seul collaborateur important de Hassan II dans le domaine sécuritaire qui a pu, aussi longtemps, occuper un poste ministériel. Et cela sans grands couacs. Car le natif de la région de Settat savait prendre le roi et lui était très docile. Selon un témoin qui a côtoyé l’homme fort des années de plomb, celui-ci était prêt à changer illico presto et sans états d’âme son opinion, voire un choix stratégique, si Hassan II changeait la sienne. Basri le fait tout naturellement si l’on peut dire. Tout en dissertant sur la pertinence, voire le caractère génial de la nouvelle option. Cette fascination, doublée d’une redoutable efficacité et d’une fidélité à toute épreuve, fait de Basri le collaborateur et le compagnon le moins insupportable pour le roi, notamment durant les dernières années de son règne. Car, et c’est humain, la maladie le rendait encore plus irritable qu’il ne l’était. Basri avait aussi une «intelligence» intuitive de Hassan II. Pour tenir le Maroc en laisse, il était le meilleur ingénieur d’application de l’excellent architecte qu’était Hassan II. Basri comprenait le roi au demi-mot, voire sans mot du tout. « Nta Gmgm Wana Nfhem », comme on dit en arabe marocain. Et cela arrangeait beaucoup le chef de l’Etat qui a gouverné pendant une période parsemée de troubles. Période où il était souvent amené à prendre des décisions difficiles. Mais sans vouloir toujours prendre le risque de les assumer personnellement. Basri, quand il le fallait et notamment quand ça tournait mal, revendiquait la paternité de l’acte et allait jusqu’à s’accuser d’avoir mal exécuté une bonne décision royale. Et cela en toute fidélité et esprit de sacrifice. En tous cas, il n’avait pas grand-chose à craindre : il était solidement protégé puisqu’il n’avait de compte à rendre qu’à son roi.
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Par Maâti Monjib
































