De tous les pays arabo-musulmans, al-Maghreb al-AQsa est sans nul doute la terre promise du mahdisme et du maraboutisme. Pas de zaouia sans Mahdi, pas de confrérie sans marabout. À cela s’ajoute un cadre eschatologique où le «Maître de l’heure» peut guider ses disciples et sauver les musulmans. Ainsi naissent les zaouias, ainsi naît la Boutchichia.
D’emblée, un fait est certain. «Le Maroc enfantera plus de Mahdis qu’aucune autre terre arabe». L’historien Jean-Pierre Filiu dans «L’Apocalypse dans l’islam» (Fayard, 2008) est catégorique. Ensuite pas de zaouia ou une quelconque confrérie sans homme saint, un guide spirituel. Les zaouias sont toutes ou presque éponymes de leur saint-fondateur. À preuve, la dénomination Boutchichia n’est-elle pas l’œuvre au XVIIIème siècle avec Sidi Ali Qadiri, surnommé «budshishi» ? Ce spécificatif réfère à l’une des activités hiératiques du saint homme, celle de distribuer de la «dchicha» ou blé concassé, une soupe originaire du Maghreb, pour les gens mourant d’inanition.
Autre élément dans le patronyme du marabout. «Qadiri». Encore un autre spécificatif qualifiant la branche de cette confrérie. Ce terme renvoie indéniablement à la Qadiria, la zaouia fondée en Irak par Abd al-Qadir al-Jilani (1077-1166). Ce dernier n’est-il pas, au demeurant, surnommé le «Sultan des Saints» ? «Ses dons intérieurs débordaient à l’extérieur, en partie sous la forme d’une éloquence extraordinaire et, pendant des années, il tint des discours mystiques, en public, près de l’une des portes de Baghdad. Ses auditeurs n’étaient pas seulement des musulmans, mais aussi des juifs et des chrétiens, et beaucoup furent convertis à l’Islam par le soufisme ; et dans l’intervalle d’une génération après sa mort, son Ordre avait essaimé dans la plupart des régions du monde musulman», nous précise l’archiviste Martin Lings dans son ouvrage «Qu’est-ce que le soufisme ?» (Seuil, 1977). On l’entend bien. Le soufisme, incarné dans cette première confrérie qadiria est un puissant instrument de conversion à la religion de Muhammad. De la sorte, la qadiria va largement diffuser le soufisme à travers le Machrek et le Maghreb. Par ailleurs, l’un des ‘alims dont la pensée sculpte profondément l’islamisme contemporain, Ibn Taymiyya (1263-1328), a reçu de son vivant la khirqa qadiriyya, c’est-à-dire cette tunique en laine qui caractérise le vestimentaire soufi.
Par Farid Bahri
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