Abou Inan Faris ibn Ali règne de 1348 à 1358. Une décennie, tout juste. S’il fut le bâtisseur de la fameuse medersa éponyme, il fut également un conquérant maghrébin doublé d’un mécène et un tuteur indéniable de la culture. Deux noms pour s’en convaincre ; Ibn Khaldoun et Ibn Batouta ont fréquenté sa cour. Portrait.
Abou Inan, onzième dynaste mérinide, va, à n’en pas douter, à contre-courant de l’image inconsciente et collective que la mémoire marocaine se fait de la dynastie des «Banu Marin» ; celle d’une décadence et d’une descente aux enfers d’une lignée marocaine. Et de fait. Le sultan représente bien l’acmé de la dynastie mérinide puisque l’historien et anthropologue Henri Terrasse affirme, dans son œuvre fondamentale «Histoire du Maroc, des origines à l’établissement du Protectorat français», (Atlantide, 1950) que «le déclin de la dynastie mérinide commence après Abou Inan, dans la seconde moitié du XIVème siècle, pour s’accélérer au XVème siècle». Cela étant, Abou Inan représente plusieurs facettes, non seulement celle d’un chef guerrier, mais également celle d’un souverain esthète et d’un bâtisseur. Passons-les en revue. Le chef guerrier donc. «C’était le fils d’une esclave chrétienne, Chams al-Doha. Il était de haute taille, svelte, le teint blanc tirant sur le jaune, le visage agréable, avec une longue barbe noire», dépeint Henri Terrasse. C’est donc en succédant à son père Abou el-Hassan qu’il accède, en 1349, au pouvoir. Ce dernier est aux portes de la ville de Kairouan dans l’Ifriqiya, la Tunisie actuelle. Il est donc aux frontières de l’Empire mérinide, bien loin du centre que représente madinat Fès.
Abou el-Hassan finit par abdiquer, laissant la tâche de conquête du Maghreb al-Awsat et de l’Ifriqiya à son ayant-droit. Sans hésiter, Abou Inan s’empare tour à tour de Bougie en 1352, puis de Constantine et Tunis en 1357. Mais l’éloignement des souverains du centre de leur empire était souvent problématique, incitant certaines tribus au soulèvement. C’est ce qui arriva avec les berbères Seksaoua dans le Souss. Abou Inan se vit contraint de mettre halte à sa campagne maghrébine et de rentrer à la hâte réprimer la dissension.
Par Farid Bahri
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