Malgré les apparences, la Boutchichia n’en est pas à sa première bataille de
succession. Et elle n’est pas extérieure à la tradition des successions au sein
des ordres religieux.
La querelle qui éclata après la disparition de Jamal, fils de Hamza Boutchich, eut pour sujet les secrets. Mais, nous dit-on, la zaouia ou le cheikh de la zaouia n’a qu’un seul secret : celui qu’il lègue à son successeur, ou que ce dernier reçoit à son insu, et qu’il appartient aux disciples de déchiffrer. Il s’agit bien d’un code chiffré, indécodable pour le commun des mortels. Or, nous nous sommes trouvés devant deux détenteurs de secrets : deux fils du cheikh, avec deux clans prétendant au passage du message spirituel du maître dans deux cœurs : Mounir et Mouad. Cette situation insolite a donné l’occasion aux détracteurs de cette dimension spirituelle, le tassawuf, de ressortir leur arsenal rationnel sauvage dans l’espoir de discréditer l’islam populaire marocain. Mouad et Mounir ne sont, en fait, que deux esclaves de Dieu, exposés, comme tous les pécheurs, à des égarements inhérents aux âmes humaines. Cela n’altère en rien l’héritage, combien important, de cet ordre religieux et de son histoire. Chacun des deux prétendants affirme avoir reçu le secret ou l’ordre du cheikh défunt. Mais de quelle nature est ce secret que la presse a tenté de vulgariser, en en faisant une matière à ragot ?
Chez les soufis, le secret est une notion essentielle qui traverse toute leur expérience spirituelle, à la fois comme pratique et comme état intérieur. Le mot lui-même renvoie à une réalité multiple : il peut désigner le secret du disciple confié par le maître, le secret de l’expérience mystique qu’il faut préserver des profanes, ou encore le secret intime déposé par Dieu dans le cœur de l’homme.
Par Moulim El Aroussi
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