La Marche verte a le visage du Maroc, mais aussi celui du règne de Hassan II, qui entamait alors la deuxième phase, sans doute la plus marquante, de son «mandat» à la tête du pays.
Le problème du Sahara commençait à se poser de manière urgente pour Hassan II, dans un monde très complexe et très dangereux pour la monarchie. Le Maroc venait de vivre trois mouvements successifs de déstabilisation du trône : 1971, 1972 et 1973 – deux coups d’État et une rébellion armée dans le Moyen Atlas. Les putschs militaires étaient alors à la mode. Orchestrés par les Américains ou les Soviétiques, ils participaient à la guerre indirecte que se livraient les deux puissances. Des officiers s’emparaient du pouvoir en une nuit, souvent sans trop d’effusion de sang. Ils s’étaient constitués comme un réseau de militaires opposés aux régimes monarchiques, surtout dans le monde arabe. Derrière ces bouleversements se profilait l’ombre du nassérisme, idéologie inspirée par Gamal Abdel Nasser, président charismatique de l’Égypte, qui prônait l’unité arabe, le socialisme et la libération du monde arabe des influences occidentales. Ces idéaux séduisaient une génération d’officiers jeunes, convaincus que seule l’armée pouvait redresser des nations encore sous la domination du néocolonialisme. En Algérie, le 19 juin 1965, Houari Boumediene, ministre de la Défense et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, renversa Ahmed Ben Bella, premier président du pays indépendant. Boumediene justifia son coup d’État par la nécessité de sauver la révolution algérienne de l’improvisation politique. En Irak, le 17 juillet 1968, Ahmed Hassan al-Bakr s’empara du pouvoir lors du coup d’État dit «Révolution du 17 juillet», mené par le Parti Baas. Le président Abdul Rahman Arif fut renversé, et le pays entra sous le contrôle d’un régime militaro-partisan. Derrière al-Bakr se profilait l’ombre de Saddam Hussein, figure montante, responsable des services de sécurité. En 1979, celui-ci succéda officiellement à son mentor après une démission orchestrée.
Par Moulim El Aroussi
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