Parler de la médiation du «saint» dans les conflits locaux, c’est déjà soulever les risques d’empiètement sur le domaine que se réserve l’État ou le sultan. D’où la tension et les accrochages qui ont toujours marqué les relations entre zaouia et makhzen.
Toute zaouia est d’abord une institution religieuse dont la raison d’être est de fournir aux adeptes, et à la communauté en général, l’accompagnement spirituel et religieux. Elle sert également d’agent de médiation entre les personnes et les groupes qui solliciteraient ses services. Quand le saint Moulay Abdallah al-Charif (m. 1672) fonde sa zaouia dans la petite localité de Ouezzane vers le milieu du XVIIème siècle le pays souffrait d’un démembrement et d’un vide politique que tout prétendant aspirait à remplir. C’était le temps des Dilaïtes au Moyen Atlas, des Semlalis dans le Souss, des Alaouites dans le Tafilalet et des Naqsis à Tétouan, pour ne citer que ceux-là. Moulay Abdallah n’avait pas d’ambition politique, mais l’absence d’un pouvoir fort dans la région du nord-ouest marocain l’a certainement encouragé dans son projet de fonder une zaouia. À ses débuts, la zaouia se consacre totalement à l’aspect religieux et Moulay Abdallah n’avait d’autre but que de faire de Ouezzane un centre religieux où fidèles et disciples trouvent enseignement et encadrement spirituel. Quand les Alaouites réussissent à conquérir le pays en 1666, ils ne se sentirent guère gênés par une telle entreprise et consacrèrent le gros de leurs efforts à éradiquer les concurrents locaux qui pouvaient entraver leur projet politique. Tel fut le cas des Dilaïtes du Moyen Atlas ou des Naqsis du nord. Avec les chorfas idrissides du Jbel ‘Alam auxquels appartenait Moulay Abdallah al-Charif, les Alaouites semblent avoir trouvé une entente tacite selon laquelle les premiers renonceraient à toute ambition politique en échange de privilèges d’ordre moral et matériel. Le chérif de Ouezzane, quant à lui, déclara qu’il n’était nullement tenté par le royaume d’ici-bas et que la royauté à laquelle il aspirait était céleste et englobait tout l’univers.
Par Mohamed El Mansour
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