350.000 Marocains ont répondu à l’appel royal et se sont mobilisés pour «marcher» vers le Sahara marocain, en novembre 1975. Sur cet événement à la portée historique et sans précédent, ainsi que sur d’autres questions liées au dossier du Sahara occidental, mais aussi oriental, le chercheur Jilali El Adnani apporte un éclairage original et plein d’enseignements.
Quelle place occupe la Marche verte, dont on célèbre le 50ème anniversaire, dans l’histoire du Maroc?
Une place importante et centrale, sans aucun doute. Mais je voudrais, tout d’abord, aborder les origines du conflit autour du Sahara à partir de l’expansion coloniale depuis l’Algérie et depuis la signature du traité de Lalla Maghnia, en 1845, stipulant que les frontières entre le Maroc et l’Algérie française sont les mêmes qu’entre le Maroc et la régence d’Alger. Cependant, on a arrêté la délimitation des frontières depuis Teniet-Sassi, une région située au sud de Figuig, en disant qu’au-delà, il existe une terre déserte et que la région manquait de ressources essentielles comme l’eau. En l’occurrence, les populations des régions limitrophes dépendant du Maroc et de la France pouvaient exploiter ces territoires à leur guise. Définir une frontière ou une délimitation quelconque n’avait pas d’importance en ce moment. Or, au-delà de Figuig, il y a des oasis au sud qui dépendent du Maroc, notamment dans la vallée de la Saoura, les régions du Tidikelt ou du Gourara, dites le grand Touat. Ces vastes territoires marocains seront organisés sous le département de la Saoura en 1902, qui sera annexé par l’Algérie en 1962.
Dans quelle mesure ce traité a-t-il favorisé l’expansion de la colonisation française ?
À partir de 1870 et 1880, la France a pensé à une connexion entre la colonie de l’Algérie et celle de l’Afrique occidentale française (AOF), qui correspond à l’Afrique de l’Ouest actuelle. Comme les frontières n’ont pas été délimitées entre le Maroc et l’Algérie française au-delà de Figuig, sous prétexte que la région était vide et manquait de ressources pour qu’une population y vive, ils ont considéré que le territoire en question ne se soumettait pas à la souveraineté du Sultan du Maroc et se sont investis dans la région en creusant des puits, se référant au principe et droit malékite qui autorise à s’approprier une terre déserte si celle-ci est vivifiée. De cette façon, les territoires marocains du sud furent colonisés et occupés avant même la signature du traité du protectorat en 1912. Ceci dit, le Maroc fut pris en étau à partir de la frontière orientale après l’occupation d’Oujda et celle de l’Adrar et du Bilad Chinguetti, devenu la Mauritanie actuelle à l’initiative de Xavier Coppolani à partir de 1906. À la signature du protectorat en 1912, la France a conclu un arrangement avec ce qui reste du Maroc et a procédé au partage des zones d’influence en faveur de l’Espagne au nord et au sud du pays.
Propos recueillis par Houssam Al Figuigui
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