Janvier 1963 restera gravé dans la mémoire climatique du Maroc. Des pluies diluviennes, d’une intensité exceptionnelle, s’abattirent sur toute la moitié nord du pays, provoquant des inondations d’une ampleur rarement observée. Dans le Gharb, le débordement de l’oued Sebou transforma plaines et villages en vastes étendues d’eau, laissant derrière lui un paysage de désolation.
Les crues frappèrent durement les zones rurales. Des vies furent perdues, des milliers de personnes se retrouvèrent sans abri, tandis que le cheptel périssait par centaines et que cultures et habitations étaient emportées par les flots. Les réseaux de communication furent rompus, isolant des régions entières. Depuis les reliefs montagneux, les eaux charrièrent roches et alluvions vers les plaines, accentuant encore l’ampleur des destructions.
La presse internationale se fit l’écho de la catastrophe. Dans son édition du 9 janvier 1963, Le Monde faisait état de dix morts et de milliers de sinistrés. Deux jours plus tard, le quotidien français évoquait un bilan en constante aggravation et qualifiait la situation de «catastrophe nationale», soulignant la gravité du choc subi par le pays.
Face à l’étendue des pertes, notamment celles touchant le monde rural et la richesse animale, une décision exceptionnelle fut prise : l’annulation des célébrations de l’Aïd Al-Adha prévues au début du mois de mai 1963. Cette mesure, décidée par le souverain marocain de l’époque, traduisait l’ampleur du drame et la priorité accordée à la solidarité nationale.
Cette solidarité s’exprima également à travers un geste symbolique fort. Le 28 janvier 1963, la Poste marocaine mit en circulation deux timbres-poste surchargés, issus de la série de 1956 à l’effigie du roi Mohammed V. La mention en arabe «Inondations 1963» y fut apposée, accompagnée d’une modification de leur valeur faciale et d’une surtaxe destinée à alimenter un fonds d’aide aux sinistrés. Les timbres portaient alors la dénomination officielle «Maroc extrême», appellation en vigueur avant l’adoption ultérieure de «Royaume du Maroc» dans les émissions postales.
L’année 1963 n’en avait pourtant pas fini avec les épreuves naturelles. Le 23 mai, de nouvelles inondations frappèrent l’est du pays après le débordement de l’oued Moulouya, entre le Moyen et le Haut Atlas, en direction de la Méditerranée. Ces crues causèrent la mort de 170 personnes et endommagèrent gravement le barrage Mohammed V, au sud d’Oujda. D’après un document de la Direction de la surveillance et de la prévention des risques, la violence des eaux emporta les fondations de la rive gauche de l’ouvrage.









































